Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Michele Placido tourne aujourd'hui, malgré la pandémie, "L'ombra di Caravaggio"

C'est au moins le troisième film sur le peintre italien, mort en 1610. La peinture inspire pourtant peu le 7e Art. Les prises de vue ont lieu entre Rome, Naples et Malte.

Riccardo Scamarcio en Caravage.

Crédits: DR.

Silence, on tourne. On tourne malgré tout en Italie. La presse peut ainsi annoncer l’une des productions les plus attendues du public transalpin depuis longtemps. Il s’agit de «L’ombra di Caravaggio», qui racontera la fin du peintre en 1610. Comme si ses derniers mois n’étaient pas assez romanesques comme ça, les scénaristes y ont ajouté sa persécution par une «ombre». Inlassablement, cette dernière enquête pour le compte d’un pouvoir occulte sur un homme déjà condamné à mort à Rome pour meurtre…

L'unique portrait sûr du Caravage. Un dessin d'Ottavio Leoni. Photo DR.

C’est Michele Placido, 74 ans, longtemps connu comme acteur, qui dirige cette fresque en costumes, mise en boîtes entre Naples, Malte, Rome Viterbe (une ville ancienne particulièrement bien conservée) et Frascati. Placido, qui s’est ici réservé le rôle du cardinal del Monte, mécène du Caravage, a passé à la réalisation en 1990. «L’ombre» formera son quatorzième long-métrage, sans doute le plus ambitieux. L’œuvre a nécessité quatre ans de préparation. Il faut dire qu’un financement en Italie ne se révèle plus aussi facile que dans les glorieuses années 1960 et 1970, quand les studios de Cinecittà tournaient à plein régime.

Isabelle Huppert et un rappeur

Qui incarne le Caravage? Riccardo Scamarcio. Un acteur très demandé, puisqu’il était cette année annoncé dans cinq autres films, sans doute restés pour certains à l’état d’ébauches. A ses côtés, coproduction oblige, Louis Garrel est l’Ombre et Isabelle Huppert la marquise Costanza Colonna. Pour assurer un côté «jeune» à cette histoire très ancienne, Placido a engagé un rappeur hyper-connu dans la Péninsule, Tedua, dans le rôle de Cecco, le modèle du Caravage qui deviendra plus tard aussi peintre. Les décors de Tonino Zera et les costumes de Carlo Poggioli feront, eux, très époque. Nous ne sommes pas dans la modernisation du type «Marie-Antoinette» de Sofia Coppola.

Amedeo Nazzari dans la version de 1941. Photo DR.

Ce n’est pas la première fois que le Caravage fait l’objet d’un film. En 1941, Goffredo Alessandrini (le mari d’Anna Magnani) a réalisé avec de gros moyens «Caravaggio, il pittore maledetto». Amedeo Nazzari, l’acteur le plus populaire de l’époque (il restera au sommet jusqu’au milieu des années 1950) incarnait le peintre. Le scénariste Riccardo Freda, qui devait passer à la réalisation l’année suivante, avait éliminé toute scène trop sentimentale, vu la sexualité ambivalente de l’artiste. En 1986, l’Anglais Derek Jarman fera exactement le contraire avec «Caravaggio», aux accents pasoliniens et aux costumes en partie contemporains. Un classique au ton «gay».

De Michel-Ange à Léonard

Les peintres italiens ont autrement peu tenté les cinéastes. Pas de Mantegna, de Botticelli ou de Tiepolo à ma connaissance. Charlton Heston (eh oui!) a cependant incarné Michel-Ange dans «L’agonie et l’extase» de Carol Reed en 1965. Gérard Philippe a été Amedeo Modigliani en 1958 sous la direction de Jacques Becker. Gino Cervi avait auparavant prêté son visage à un peintre et poète napolitain du «seicento» dans «Un avventura di Salvator Rosa» d’Alessandro Blasetti. C’était en 1939. Plus récemment, Jean-Claude Dauphin a donné corps à Antonello da Messina dans le feuilleton TV de 1974 «Le secret des Flamands». L’ancien parachutiste français Philippe Leroy-Beaulieu a été Léonard de Vinci dans un autre produit TV à épisodes en 1972.

Le "Caravaggio" de Derek Jarman. Photo DR.

Côté dames, Artemisia Gentileschi a fait l’objet en 1997 de deux films et non pas d’un. Dans l’un d’eux, le peintre Orazio Gentileschi (le père d’Artemisia) avait les traits de Michel Serrault. Je vous rappelle qu’une série est aujourd’hui en préparation sur Artemisia. Féminisme oblige. Il y sera bien sûr beaucoup question du viol subi par l’artiste de la part d’un autre artiste, Agostino Tassi.

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