Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Miami Design Basel se concentre sur la fin du XXe siècle et l'actualité du genre

Chic et cher. Mais aussi dangereusement banal. La foire parallèle accumule les classiques à l'intention d'une clientèle peu curieuse au risque de faire disparaître le reste.

Charlotte Perriand chez Downtown, venu de Paris.

Crédits: Downtown, Paris 2019

Tiens! Miami Design Basel s'est rapproché physiquement de la foire elle-même. Mais attention! Il s'agit d'une illusion. Art Unlimited étant monté d'un étage, le visiteur n'a plus besoin de ressortir et de traverser la rue pour gagner ce satellite d'Art/Basel. Il n'a que quelques pas à accomplir au sein de l'immense halle construite il y a quelques années par les duettistes locaux Herzog & DeMeuron en à peine douze mois. Une forme d'intégration. Si à la mode, le design ne touche pourtant ici qu'un public ciblé. Il n'y avait pas grand monde dans cette foire quand j'y ai fait mon petit tour. Pas de quoi remplir en tout cas le gigantesque restaurant Gala Bistro by Beschle, qui jouxte comme il se doit un Collectors Lounge. Ici, on se la pète. Le monde plus classique de Maastricht se la joue plus modeste. Tout le monde s'y voit traité sur un plan d'égalité.

Les exposants de Miami Design Basel se révèlent assez nombreux en 2019. Il y a 45 galeries, plus quatorze «Curio», autrement dit des cabinets de curiosités. A cela s'ajoutent neuf «Satellites», où se voient présentées des choses diverses et variées dont des éléments architecturaux et des voitures de collection. Le rez-de-chaussée est enfin occupé par quelques grosses pièces et un café «sans plastique». Le monde du fric sans limite a les moyens de s'offrir une conscience écologique. Tout cela peine cependant à occuper l'espace. Le lieu apparaît démesuré et un fauteuil reste un objet où un être humain s'assoit. Il faut être Gaetano Pesce (ici absent) pour imaginer des trônes surdimensionnés. Mais il s'agit alors de sculptures...

Forte présence parisienne

Miami Design Basel ressemble en fait aux différentes version du PAD, ou Pavillon des Arts et du Design. Ils ont par la force des choses des participants commun: Eric Philippe, Laffanour, Chastel Maréchal, Downtown, Matthieu Richard, Pascal Cuisinier, Thomas Fritsch... Les Parisiens sont venus ici en bande, pour ne pas dire en meute ou en gang. Le public reconnaît leur goût pour les créations de la seconde moitié du XXe siècle, avec les apparemment inépuisables Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, Lalanne ou Jean Prouvé. Ces marchands représentent le nouveau goût officiel, tourné vers ces classiques modernes flambant dans les ventes publiques. Pensez au prix d'un fauteuil «ours polaire» de Jean Royère, comme il y en a à Bâle chez Jacques Lacoste! Un homme dont le stand en forme d'appartement fait déjà presque figure de grand-père avec son style 1950.

Bien sûr, il est venu des gens d'ailleurs, de Rio de Janeiro à Venise, en passant par Bruxelles, New York, Pékin et Los Angeles. Des poids lourds, pour la plupart. Je note d'ailleurs qu'aucun exposant n'est suisse. Et que si les meubles se révèlent ici hors de prix, leurs lignes restent sobres. Rien ne les distingue parfois des puces du design, voire de l'Ikéa amélioré, si ce n'est un prestigieux pedigree. Les créations d'architecte restent général surcotées. Le signe que le règne de l'«archistar» a gagné jusqu'aux arts jadis dits «mineurs». Comme à Art/Basel, en face, on aime ici ce qui est gros. J'ai quelque part vu un canapé faisant bien ses sept mètres de large. Les gens riches ont de la place, je sais, mais il ne faut pas oublier que le vide est à la mode. Il suffit pour s'en persuader de regarder les revues de décoration..

Le passé représenté rétrécit

Il y a bien sûr du contemporain à Miami Design Basel, mais finalement pas tant que ça. Et, comme il ne se distingue pas fondamentalement du reste, il faut savoir le repérer. L'ancien se remarque en revanche du premier coup d’œil. Il tend pourtant à disparaître. Il y a longtemps que les antiquaires parisiens, actuellement en difficulté, ne reviennent plus tenter ici de se refaire une jeunesse, comme on l'avait vu aux premières éditions avec Perrin ou Steinitz. Les gens de l'Art Déco eux-mêmes se sentent aujourd'hui éliminés. Pour Marc Heiremans, qui vient de déménager de Bruxelles à Anvers, c'est ainsi le dernier Miami Art/Basel. Il sera désormais à la TEFAF, davantage dans ses cordes. Le Belge propose pourtant cette fois une merveilleuse cippe de Gio Ponti en porcelaine Ginori des années 1920. Mais ce genre de choses n'est pas destiné à la clientèle «arty», venue acheter ce qu'elle a reconnu au premier coup d’œil. Notez que je me suis pas laissé tenter non plus. 220 000, ce ne serait pas raisonnable en ce moment.

Pratique

Design Miami/Basel, Messeplatz, Bâle, jusqu'au 16 juin. Site www.designmiami.com Ouvert de 11h à 19h.

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