Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Meghan, Lady Di, Marilyn, Sissi, Marie-Antoinette... C'est quoi, au fait, une image publique?

La duchesse de Sussex vient de faire parler le monde entier en donnant son entretien-vérité à la TV. Elle veut à son tour des privilèges sans contrepartie.

Meghan et la reine. Quand les choses allaient encore bien!

Crédits: Keystone

C’est l’affaire du jour. Que dis-je? De la semaine. La presse ne tarit pas à ce sujet, tout en affirmant dans certains titres qu’il attente tout de même à sa dignité. Chaque journal n’a pas pour vocation de devenir un tabloïd. Quoique… Tout le monde y allait en effet lundi de ses commentaires sur l’entretien «sensationnel» donné à la télévision par Meghan Markle et (très) accessoirement le prince Harry. Les Américains ont eu la primeur de l’émission dimanche 7 mars. Une faveur qui aurait coûté entre 7 et 9 millions de dollars à CBS. Ce lundi soir, c’est au tour des Anglais d’avoir droit aux sanglots étouffés de la duchesse de Sussex. La chose sentira le réchauffé à Londres, même si les déclarations ducales se veulent «hot». Et pour cause! Le monde entier sait déjà tout. Tout. Tout. Accuser certains membres de la famille royale (non expressément nommés) de racisme, c’est se retrouver cette année en plein milieu de la cible!

Qu’est-ce que cette affaire planétaire vient faire dans cette chronique, me direz-vous? Eh bien, elle vient en quelque sorte nous parler d’image. D’image publique, j’en conviens. En évoquant sa «peur que la tragédie se répète», le prince Harry nous renvoie à Lady Di, qui rappelait à son tour Marilyn et, plus lointainement, Sissi et Marie-Antoinette. Selon la doxa officielle, toutes furent d’innocentes agnelles, broyées par une machine impitoyable avide de chair fraîche. Elles en sont mortes. Mais, comme toujours, il coexiste plusieurs manières de voir les choses. Ce que ces femmes possèdent en commun est AUSSI d’avoir tout reçu, pour ne pas accepter ensuite de jouer le jeu. Elles ont voulu les privilèges sans les obligations. Se montrer «rebelle» reste souvent un privilège d’enfant gâté. Dans ces quatre cas, des privilégiées du sort ont désiré bénéficier du luxe, de l’argent et de l’affection populaire (même si Marie-Antoinette l’a très vite perdue). Mais sans contre-parties. Une chose aussi difficile pour une princesse que pour une star…

Chances historiques

Parce qu’enfin il ne faut pas se leurrer! Meghan, qui joue aujourd’hui les victimes universelles, a joui de deux chances historiques. D’abord, elle est devenue vedette à la TV, alors qu’elle aurait pu rester caissière dans un supermarché ou femme de chambre dans un hôtel de luxe. La mini-vedette a ensuite su mettre le grappin sur le petit-fils d’une reine, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Elle a même réussi à se faire épouser, avec tout le tralala monarchique. Un carrosse qui ne devait pas se transformer en citrouille. Le mariage semblait certes périlleux. Mais pour lui! Cette femme forte et ambitieuse (cette arriviste, aurait-on dit jadis) savait pour sa part qu’elle s’unissait à un faible. Harry a beau jouer les matamores militaires. Chacun sait depuis son enfance d’orphelin qu’il constitue le maillon faible d’une famille où l’on donne peu dans les sentiments. Manque de légitimité? Des bruits insistants veulent régulièrement faire de lui le fils de la seule princesse de Galles.

A partir de là, Meghan pouvait s’imposer comme une duchesse de Windsor bis, le modèle original ayant passé sa vie à dominer le falot et éphémère Edward VIII. Bon! D’accord! Meghan ne possède pas le côté sulfureux de celle qui demeurait dans les années 1930 non pas une divorcée, comme on le dit trop souvent par convenances, mais l’épouse d’une relation d’Edward VIII. Mieux vaut avoir été actrice, comme Grace Kelly, qu’une sympathisante nazie suspectée d’avoir un temps servi d’espionne, voire de courtisane. Aucun exil ne devenait ici indispensable. Jamais. Mais Meghan l’a vite voulu, ce départ, pour se rapprocher de son Amérique natale. Rien de plus simple à obtenir! Il lui suffisait d’entraîner dans son sillage un Harry désormais déchu au Canada, puis près de Hollywood où vivent les vraies stars.

Dénigrer et utiliser les médias

Là, le mari aura passé son temps à maudire les médias, tandis que sa conjointe, elle, les utilisait. Quand on fuit le monde et les tabloïds, on n’annonce pas sa grossesse le jour de la Saint-Valentin aux journalistes. On ne s’arrange surtout pas de façon à susciter une interview (non rétribuée) de la part d’Oprah Winfrey, la papesse de la télévision. Une milliardaire, deuxième fortune du «show business» répertoriée par «Forbes» (1). Cela tient un effet du «coup», un phénomène humain que le couple ne cesse de diaboliser depuis des années. Mais il fallait bien ça pour regonfler des Sussex ayant négocié un programme pour Netflix qui se monterait, selon certaines sources, à 100 millions de dollars. Plus des «podcasts» su Spotify sur des sujets obligatoirement bien-pensants. Si cette vieille renarde (enfin pas tant que cela, 67 ans!) d’Oprah faisait son beurre dans cette affaire, les tourtereaux aussi. Donnant-donnant! Et tant pis s’ils s’éloignaient du «never explain, never complain» servant de credo aux Windsor. Camilla, la belle-mère de Harry et Meghan, aurait sans doute eu beaucoup de choses à confesser au micro. Elle ne l’a jamais fait. Quant à Elizabeth II, elle ne sort jamais de sa réserve.

Le grand déballage a donc eu lieu dimanche devant des centaines de millions de téléspectateurs, avec ce qu’il suppose comme linge sale. Personne n’en est sorti grandi, même pas le linge. C’est l’image globale d’une monarchie (que Meghan appelle «la Firme»), voire celle d’un pays qui se voit écornée. Bien plus qu’au temps d’Edward VIII et de son faux grand roman d’amour de 1936. La morale a hélas changé. En ces temps-là, tout se faisait pour la gloire. Il suffisait d’épater la galerie. Aujourd’hui, les choses se monnayent. Autant dire que, d’une certaine manière, elles se dévaluent. Que va-t-il rester aux Sussex, si ce n’est un compte en banque bien garni et quelques coups de projecteur? Ils ne feront même pas partie de «The Crown», puisque le feuilleton (de Netflix précisément) a annoncé qu’il ne raconterait pas la famille royale britannique au-delà de l’an 2000.

(1) Certains internautes américains ont du reste été choqué qu’une milliardaire interviewe des millionnaires titrés pour parler de racisme. Ils y voient à juste titre de l’indécence.

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