Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Piguet propose sa vente d'automne. Il y a vraiment de tout!

Crédits: Piguet-Hôtel des Ventes

La Suisse n'ayant ni un Deauville, ni un Monaco, septembre marque ici la rentrée des enchères. Il y aura d'abord ici Genève Enchères, puis Piguet. Je commencerai par cette dernière maison. Elle propose ce que je pourrais appeler une vente courante. Normal après l'exploit de la dispersion en juin de la villa de Molly de Balkany, à Prangins. Des prix fous pour des objets qui n'avaient parfois rien d'affolants. C'est là le miracle de ce que les Anglo-saxons appellent des «house sales». L'impression d'entrer dans l'intimité des gens riches ne fait plus regarder à la dépense. 

Il y aura bien sûr quelques bijoux spectaculaires, rue Prévost-Martin, dont deux sortent sauf erreur de l'écrin de Molly. Il s'agit d'un collier Art Déco, avec deux imposantes émeraudes poires de 75 et 78 carats. La chose, portant le numéro 1698, se voit estimée entre 80 000 et 100 000 francs. La broche signée Cartier, qui remonte elle aux années 1910 (No 1706), devrait se situer entre ces deux chiffres également. Elle comporte aussi une émeraude centrale, mais nettement plus petite. Il y a bien sûr, comme toujours chez Piguet, des myriades d'autres bijoux, meilleur marché et plus modestes, d'un goût très genevois. C'est une tradition maison avec la maroquinerie de luxe et cette fois les fourrures. A croire que l'hiver sera rude!

Livres anciens pour rien 

Autrement, il y a de tout. Mais vraiment de tout! Les festivités commenceront avec des livres anciens. Un genre très décoté, à part cette fois un Racine en 12 volumes de 1697 (61), prisé entre 15 000 et 20 000 francs. Les prix planchers se situent parfois si bas qu'ils atteindront bientôt le sous-sol. Et cela même pour de jolis exemplaires à décor doré sur maroquin rouge. Des ouvrages que l'on se serait arrachés il y a cinquante ans. Vous pouvez en avoir pour rien, l'exemple caricatural étant les dix-neuf volumes, «dont seize aux armes du Seigneur de Bézance» (125). Le tout vaut entre 150 et 200 francs. Si vous voulez commencer une collection, c'est le moment ou jamais. 

Entre la vente à la criée et la vente silencieuse, j'ai aussi remarqué sur le site de Piguet, où le catalogue est apparu le 9 septembre, une argenterie considérable. Là aussi, c'est l'instant idéal pour se lancer. Si le service en or massif de Tiffany (382) datant du début des années 20 reste tout de même estimé entre 30 000 et 50 000 francs, la vaisselle ciselée à Genève ou à Lausanne au XVIIIe et au début du XIXe siècle se voit proposée une misère. Pour 1500 ou 2000 francs, et je me situe en haut des évaluations, vous devriez avoir la cafetière de François Barbier (412), exécutée vers 1750 et portant les armes de la famille Naville. Le gratin patricien de l'époque.

Anker et Bilal 

Dans la peinture où l'on retrouve aussi bien des planches de Bilal (969-970, entre 12 000 et 18 000) que des portraits de famille des Tronchin (853-854-855-856, quelques milliers de francs), rien ne se détache vraiment. Il y a bien sûr les petits Albert Anker traditionnel. Le garçonnet (1124) vaut entre 60 000 et 80 000. La jeune fille (1127), qui n'a pas l'air d'un chef-d’œuvre non plus, entre 80 000 et 120 000. A côté d'eux figurent des gloires locales ou un peu ternies. Maurice Brianchon ou Roland Oudot, ces membres sages de l'Ecole de Paris, ne font plus rêver comme au temps de nos grands-parents. 

Vous ajouterez bien sûr à cela quantité de meubles divers. Pour l'ancien, le désastre se confirme. En vente silencieuse, j'ai noté (3559) deux fauteuils Régence d'époque recouvert d'un tissu tout à fait décent à motif de point de Hongrie. Vous devriez avoir le couple pour 300 ou 500 francs. Moins qu'Ikéa! Quand je pense que j'ai vu le même genre de paire achetée pour passé 10 000 francs... Là aussi, mais je commence vraiment à me répéter, si vous voulez entamer un ensemble, allez-y!

Pratique 

Il ne me reste plus qu'à donner le détails techniques. Piguet-Hôtel des Ventes se trouve 53, rue Prévost-Martin à Genève. On visite les 22, 23 et 24 septembre de 12h à 19h. Ventes les 25, 26, 27 et 28 septembre. Tél. 022 320 11 77, site www.hoteldesventes.ch Il existe une version papier du catalogue.

Photo (Piguet-Hôtel des Ventes): Le colllier Art Déco avec les deux grosses émeraudes.

Ce texte se voit immédiatement suivi d'un autre sur Genève Enchères.

Prochaine chronique le mercredi 13 septembre. Le Parcours Céramique carougeois, c'est pour tout bientôt. Rencontre avec les commissaires.

 

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