Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Paris va vivre sa boulimique "Semaine du dessin". Suivez le guide!

Crédits: Site de l'exposant David Tunnick

La semaine s'annonce rude! Du 20 au 26 mars théoriquement, dès les jours qui précèdent en réalité, Paris va vivre sous le signe du dessin. Modestement commencée avec un «Salon» lancé en 1991, la manifestation s'est mise vers 2000 à bourgeonner, puis à éclater comme tout bourgeon qui se respecte. La tentation du «off» est bien sûr d'aller en amont. Comme l'ensemble des œuvres est à vendre, les amateurs de fond n'en pourront plus. Ils n'ont que deux yeux, deux jambes et, ce qui leur semble pire que tout, un seul porte-monnaie (ou un unique compte en banque). Mieux vaut donc les convier pendant qu'ils demeurent encore frais et en fonds. 

La saison 2017 s'annonce en effet particulièrement boulimique. En pivot central, il reste bien sûr le Salon du dessin, ouvert au public de mercredi 21 au dimanche 26 après un vernissage où il aura doublement fallu jouer des coudes. D'abord, il sera nécessaire d'avoir en mains reçu son précieux carton d'invitation. Ensuite, ce le public se bousculera au Palais Brongniart, autrement dit la Bourse. Il y aura là 39 participants, proposant des œuvres tant anciennes que modernes ou contemporaines. Un maximum pour le lieu et le médium. A part les créateurs du Salon, les exposants doivent chaque année proposer à nouveau leur candidature. Là aussi, les places sont chères.

Deux salons contemporains

A un certain moment, le Salon du Dessin s'est limité à l'art classique. Est du coup né Drawing Now, qui en arrive à sa onzième édition. Baladeuse comme certaines mains, la foire a passé par le Carrousel du Louvre et divers lieux en instance de réfection avant de se fixer en 2014 dans un Carreau du Temple restauré et doté d'un sous-sol. Il peut s'y loger 72 galeries. Elles proposent ce que j'appellerais de l'art arrivé. Rien de vraiment bon marché. Le salon se visitera du 23 au 26 mars. L'émergent s'est du coup retrouvé dans une troisième foire, Ddessins. Elle loge au 60, rue de Richelieu, dans un bâtiment situé au fond d'une cour et en instance de travaux depuis des décennies. Il y a là une vingtaine d'exposants représentant l'«émergent» d'un médium très à la mode. Attention, la chose ne dure que trois jours. Cette fois du 24 au 26 mars. 

Cela ne suffit bien entendu pas. Il y a d'abord les parlottes (un colloque de deux jours sur le dessin «De David à Delacroix» au Palais Brongniart), et ensuite les visites dans diverses institutions publiques. Là, on reste dans le «in». En «off», je note des galeries de la Rive Gauche et du Quartier Drouot, plus les présentations de marchands en chambre allant de Nicolas Schwed à Alexis Bordes.

Des ventes aux enchères partout 

Viennent enfin les ventes. Là, Paris va faire très fort en 2017! Sotheby's proposera sa "première vente parisienne de dessins au moment du Salon" (en fait, il y en a déjà eu une). Ce sera du moderne hors de prix. Un million d'euros pour quelques traits, admirables certes, de Matisse me semble tout de même beaucoup. Christie's aura non pas «sa» mais «ses» ventes. Outre l'ordinaire, pour autant que j'ose utiliser cet adjectif dépréciatif pour un ensemble assez somptueux (Boucher, Liotard, Polidoro da Caravaggio, Daumier et j'en passe), il y aura l'Atelier Degas. La session «Une collection française» comprendra aussi, entre des meubles et des sculptures, beaucoup de feuilles anciennes, dont un spectaculaire Fragonard un peu coquin, «Le baiser à la fumée». 

Nous sommes à Paris, où les maison d'enchères abondent. Artcurial va donc proposer deux ensembles de dessins, dont l'un tournant autour de 80 croquis du baron Gros, l'un des peintres de Napoléon. Millon proposera dans les salles de Drouot des feuilles problématiques (atelier de, attribué à, école italienne...) à de petit prix. Certaines estimations tournent autour de 200 ou 300 euros, alors que les sœurs ennemies Christie's et Sotheby's répugnent à descendre au dessous de 2000. Question de standing et de train de vie. Il y aura enfin beaucoup de dessins dans une vente mélangée de Thierry de Maigret, et il reste bien clair que je ne sais pas tout.

Un total ahurissant 

La grande question que je me pose toutes les années est s'il y aura assez de clients pour tout ça. Ma réponse est non. Je vais essayer de vous faire les comptes. Au Salon du Dessin, il doit bien y avoir 50 feuilles chez chaque exposant, en comptant ce que les marchands ont amené avec eux pour regarnir «au cas où». Nous en arrivons ainsi à 1950. Pour Drawing Now, un peu moins d’œuvres par tête de pipe. Les dessins contemporains se font volontiers assez vastes. Mettons 35 sur chaque stand. Total 2520. Ddessins doit receler au moins 400 pièces. Autour de Drouot, sur la Rive Gauche et chez les marchands en appartement, on doit bien arriver à 300, et je demeure modeste. Avec les ventes aux enchères, la somme ne doit pas se situer loin de mille. Le total des totaux, que je vous donne avec des estimations à la louche (mais après tout Christie' et Sotheby's pratiquent bien ainsi pour prévoir des prix d'adjudication), tournerait ainsi autour de 5900 feuilles. Allez, 6000 pour avoir un chiffre rond! Peut-en vendre 6000 feuilles d'un coup dans ce qui reste un marché de niche? Evidemment pas. 

Le principal problème, c'est le déversement. Si le dessin contemporain connaît par définition une offre infinie (il suffit aux artistes de tenir un crayon ou une plume), celui du dessin ancien reste normalement asséché. J'en veux pour seul preuve une notice que je viens de lire: «134 dessin pour l'Ackland Art Museum, dont sept Rembrandt». Et d'un coup, on lâche sur le marché presque toutes les propositions de l'année, même si New York possède une Drawing Week en janvier et si Londres en propose une autre début juillet. La terre craquelée reçoit à Paris un déluge. Normal qu'il reste à la fin d'énormes flaques d'eau!

P.S. Je viens de recevoir le catalogue de la vente Ader à Drouot le vendredi 24 mars. On peut rajouter à mon décompte 348 numéros.

Pratique 

Quelques sites à consulter. Je vous renvoie à www.salondudessin.com, www.drawingnox.paris.com, www.christies.com, www.sothebys.com, www.artcurial.com, www.millon.com, www.ddessinsparis.fr Bonne(s) visite(s)! 

P.S. Le PAD ou Pavillon des Arts et du Design (aux Tuileries) et ArtParis (au Grand Palais) ont par ailleurs lieu en même temps que la Semaine du Dessin. Youpie!

Photo (Site de l'exposant David Tunnick): L'entrée de la Bourse lors du Salon de 2015.

Prochaine chronique le dimanche 19 mars. Quel avenir pour le Musée Rath genevois?

 

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