Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/L'heure des comptes a sonné pour 2016. Ils sont très moyens

Crédits: Artcurial

Après les voeux pour 2017, c'est l'heure des bilans 2016. «Connaissance des arts», dans son numéro de février, retrace ainsi par la plume de Valérie de Maulmin les grandes lignes des enchères de l'an dernier. Partie haut de gamme, bien sûr. Et majoritairement côté français, comme il se doit. On apprend ainsi que Chrisie's Paris a engrangé l'an dernier 244,6 millions d'euros, tandis que Sotheby's en encaissait 220. Mais, signe des temps, Artcurial, plus dynamique, les talonne désormais avec 210,1 millions de francs. Il faut dire qu'une Ferrari 335 Scaglietti de 1957 a rapporté à elle seule 32 millions d'euros à la maison le 8 février, lors de la ventre Rétromobile. Artcurial espère faire aussi bien avec le Rétromobile de 2017 (la vente a lieu ce 10 février à 14 heures). 

Cette voiture rouge faisant rêver les grands enfants a obtenu la plus grosse enchère de 2016 chez nos voisins, et maintenant c'est moi qui parle. Paris ne joue plus depuis les années 1980 dans la cour des grands. Il n'empêche que 32 millions d'euros, cela fait beaucoup pour 2016. Il n'y a pas eu l'an dernier d'enchère folle comme pour «Les femmes d'Alger» de Picasso, qui avaient obtenu 179 millions de dollars en mai 2015. Du moins dans le domaine des ventes publiques, les tractations privées restant d'une opacité absolue. Obtenir un résultat à huit chiffres était déjà bien il y a quelques mois. Le record de Christies 2016 reste ainsi une «Meule» de Claude Monet à 81,4 millions de dollars, tandis que la palme Sotheby's 2016 allait à un Picasso cubiste de 1909, «Femme assise». Un très beau Picasso, je dois dire. Mieux que «Les femmes d'Alger», sans doute. Mais le marteau s'est arrêté bien en-deçà: 63 millions avec les charges.

Une chute de 30 pour-cent 

Dans ces conditions, on comprendra que 2016 n'ai pas été une bonne cuvée, le bas de gamme s'écoulant par ailleurs souvent très mal. On pense que le marché a globalement reculé d'environ 30 pour-cent (mais il y a eu aussi moins d'oeuvres phares à vendre!). Un chiffre d'autant plus incontrôlable qu'il est trituré dans tous les sens par les intéressés. Une fois de plus, le «post war» et les classiques modernes ont fait des étincelles par rapport aux autres secteurs. Sauf les diamants, qui sont il est vrai faits pour briller à Genève. Cela ne signifie pas que le reste, s'il atteint le niveau muséal, soit pour autant à jeter dans une poubelle. Parmi les beaux résultats de 2016 figure la «Danaé» d'Orazio Gentileschi, un baroque italien au nom peu public. La toile, magnifique, a été acquise par le Getty pour 30 million de dolllars. On devinait que le musée de Los Angeles allait miser gros. Y a-t-il eu délit d'initié? Mystère... 

Mais revenons en France. J'allais dire en province. Il y a aussi eu de bons résultats, dopés par «l'effet collection». Disperser un ensemble, même s'il semble d'un goût aussi suranné que celui de Robert de Balkany, produit toujours un effet de curiosité, puis une fièvre d'achats. Il n'y a pas toujours la «folie Saint Laurent» de 2009, mais Sotheby's n'en sera pas moins parvenu à un résultat étonnant avec un ensemble comme celui des Marcie-Rivière, dont le reste de la collection a été donnée à Orsay. Cent pour-cent de lots vendus, ce qui n'arrive presque jamais. Et puis il y a les résultats inattendus pour des lots isolés. Un privé mettait 3,9 millions d'euros pour un dessin austère d'Andrea del Sarto à Pau. Le Louvre préemptait à 5 millions d'euros deux pleurants gothiques du tombeau du duc de Berry chez Christie's. Le musée national n'en faisait pas moins là une bonne affaire. Ses ex-propriétaires les lui avaient proposé pour 14 millions, essuyant un refus.

"Temps forts" à Drouot 

Et Drouot, là-dedans? Que devient l'ancien Hôtel, qui a encore subi quelques malheureux rafraîchissements décoratifs supplémentaires? Certains le disent sinon mort, du moins agonisant. Moins de ventes. Moins de grandes maisons utilisatrices, maintenant que Tajan. Piasa ou Cornette de Saint-Cyr vendent chez eux. Eh bien Drouot tente de remonter la pente. Les «highlights» se voient regroupés pour des «temps forts» qui ne le sont pas toujours. Il s'agit de présentations communes, au rez-de-chaussée, des plus importantes pièces destinées aux ventes futures. La communication a aussi subi un coup d'accélérateur. Je suis bombardé de communiqués, triomphaux depuis quelques mois. Que des succès, comme dans le récent ouvrage que Koller vient de publier à Zurich sur ses activités!

A ce propos, Drouot vient d'éditer son livre des ventes 2016. Format «coffee table book». Beaucoup de photos. Peu de texte, et du genre attachée de presse. Il semble loin le temps où ce type de livre, alors coédité par Belfond et «Connaissance des arts», comportait des analyses critiques (souvent acerbes) de Souren Melikian pour le marché international ou de François Duret-Robert pour le national. Sachez ainsi que la vente Mary de Rothschild était celle d'«une femme de goût au grand coeur» ou que la dispersion des automates de Max Tassel dénotait «un chirurgien-dentiste ayant gardé des yeux d'enfant». Suivent, très correctement reproduites je dois l'admettre, les images des pièces ayant obtenu les plus gros prix. On se demande comment la Ministre de la culture Audrey Azoulay, si absente lors des vrais problèmes patrimoniaux, a pu signer la préface d'un ouvrage relevant strictement de l'objet promotionnel.

Pratique

«L'art et les enchères 2016, Drouot», édité par Drouot Patrimoine, 384 pages.

N.B. En France, selon le rapport Barneby's, l'en-ligne ne concerne que le 29 pour-cent des ventes, contre 50 pour-cent dans d'autres pays. Reste encore à savoir ce qu'on entend par "online". Il y a aussi bien les enchères par ordinateur dans les ventes classiques que des enchères dématérialisées. Sauf bien sûr pour le produit final, que les acquéreurs n'ont pas vu auparavant.

Photo (Artcurial): La vent de la Ferrari à 32 millions d'euros en février 2016.

Prochaine chronique le samedi 11 février. Portrait de Béatrice Micheli, nouvelle présidente des Amis de l'Ariana.

 

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