Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Genève Enchères repart pour une copieuse cession de printemps

Crédits: Alice Jacquet/Genève Enchères

Il faudra vraiment choisir son camp, le soir du jeudi 27 avril. Le même jour, à la même heure, mais dans un lieu évidemment différent, Piguet et Genève Enchères organiseront un cocktail à l'occasion de leurs ventes prochaines. Le premier le proposera sur place à la Villa Aigue-Marine de Prangins. Le second à domicile, rue de Monthoux à Genève. Il faut dire que l'espace se révèle ici immense: 600 mètres carrés. Il semble plus vaste encore depuis que la maison a vendu sa magnifique boiserie Art Déco d'Alphonse Laverrière au Musée National. Elle coupait le passage. 

La vente elle-même se déroulera le mardi 2, le mercredi 3 et le jeudi 4 mai. Vente ordinaire, serait-on tenté de dire, si le mot n'avait pas une consonance péjorative. «Il n'y a pas cette fois de collection à disperser», admet Olivier Fichot, qui avoue pourtant «adorer à avoir des histoires qui puissent se raconter.» C'est aussi un signe de santé. «Pour cette édition de printemps, nous avons 120 vendeurs, alors que nous en comptions jusqu'ici en moyenne 80.» La chose signifie que davantage de gens confient des meubles et des objets à la jeune entreprise, au vu de son savoir-faire et de ses succès. «Nous sommes cependant en pourparler pour des ensembles.»

Vendre selon ses forces 

Genève Enchères n'a pas organisé de ventes en mars. «C'est une question de forces vives», explique Cyril Duval. Il faut dire que le trio fondateur, complété par Bertrand de Marignac, s'est lancé seul. Il se voit aujourd'hui complété, sur le plan de l'organisation des ventes, par une stagiaire et une dame s'occupant de bijoux. Il faudrait davantage de monde pour organiser davantage de trois cessions par an. L'équipe de Piguet se révèle numériquement très supérieure. Mais il faut faire attention. Certaines maisons parisiennes, que je ne nommerai pas, finissent par organiser des ventes supplémentaires (et donc de trop) uniquement pour faire tourner la boutique. 

«Je suis content de démarrer cette fois avec une vente de livres anciens», reprend Olivier Fichot. Il s'agit d'un domaine spécialisé, où les clients se font aujourd'hui très sélectifs. Il a donc fallu engager un expert en la personne de Bernard Perras, aidé par Alice de Tourdonnet. «Il s'agissait d'établir des notices détaillées, tenant la route.» Deux bibliothèques sont à la base de cette vente, l'une contenant des ouvrages rares dans les domaines scientifiques. Comme pour le reste des lots, les prix se veulent incitatifs. Qui aurait imaginé dans ma jeunesse que les trois tomes des «Lettres persanes» de Montesquieu, dans l'édition Didot de 1782, reliés en maroquin vert aux armes du comte d'Artois (le futur roi Charles X), puissent se voir estimés entre 1800 et 2200 francs? Je note aussi plus bas dans le catalogue, un «Zélis au bain», dont le titre me fait rêver. Qu'est-ce donc que ce livre, illustré par Eisen et publié à Genève en 1763 (entre 1000 et 1200 francs)?

Argenterie et meubles à prix doux

Quittons maintenant l'univers austère de la philosophie ou de l'astronomie pour la mode. Pas de vacation à Genève sans sacs Hermès ou Vuitton. Il y a en aura donc chez Genève Enchères, précédant comme il se doit les bijoux. Vient ensuite l'argenterie, domaine de prédilection de Cyril Duval. «On pourra ici trouver des pièces historiques pour pas grand chose. J'ai estimé entre 600 et 800 francs la verseuse de l'orfèvre François Barbier aux doubles armes Boissier et Buisson, probablement réalisée pour un grand mariage genevois de 1786.» Il faudra compter entre 300 et 500 pour un plat festonné du même artiste. Moins encore donc. A peine le prix de la matière... 

La suite des journées et des soirées se verra placée sous le signe de l'art suisse ou de l'art classique, avec quelques meubles du XVIIIe authentiques aux tarifs d'Ikéa, ou peu s'en faut. Puis arrivera l'art asiatique. «C'est toujours la grande inconnue», reprend Olivier Fichot. «Les experts ne sont jamais d'accord entre eux. Plus vous en consultez, moins vous en savez. Ce sont ici les clients qui font la loi, avec leurs connaissances. Certains objets peuvent exploser, mais vous ignorez lesquels.» J'avoue un petit faible pour un Padmapani de bronze doré sur un lotus népalais, qui serait du XIIIe ou du XIVe siècle. Deux à 3000 francs en théorie. Mais combien en pratique?

XXe siècle et contemporain 

La dernière soirée se verra consacrée à l'art du XXe siècle «et contemporain». Le meilleur me semble ici rejoindre le pire, me dis-je en me promenant dans les salles. Mais il y a beaucoup de choses, et certaines ne se découvre que «de visu». Il faudra une fois expliquer sérieusement à ceux qui achètent par ordinateur qu'une oeuvre en photo et la même en vrai demeurent deux réalités distinctes. Ici, comme pour les visages, joue la fameuse question de la photogénie. 

A tout cela s'ajouteront encore les objets proposés en vente silencieuse. Lors de mon passage, ils ne sont pas encore disposés dans le lieu spécial destiné à les abriter. «Nous sommes en train de finir son réaménagement, afin qu'il soit un peu plus grand, histoire que le public puisse mieux juger.» Qu'est ce qui justifie, au fait, un passage en vente silencieuse plutôt qu'en salle? «Ce sont des objets de charme. Plus ou ou deux belles pièces, tout de même. Il ne faut pas donner aux gens l'impression qu'il s'agit d'un deuxième voire, d'une troisième choix.»

Pratique 

«Genève Enchères», 38, rue de Monthoux, Genève. Tél. 022 710 04 04, site (que l'on pourrait encore améliorer) www.geneve-encheres.ch Visites les vendredi 28, samedi 29 et dimanche 30 avril de 12h à 19h. Ventes du 2 mai à 12 au 4 mai à 18h30. Tout les détails sont indiqués sur le site et dans le catalogue. Visite virtuelle https://my.matterport.com/show/?m=AKoSvNARJ4b C'est tout nouveau!

Photo (Genève Enchères): Le choix pour une couverture est tombé sur un tableau estival de l'artiste genevoise Alice Jacquet.

Texte intercalaire. 

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