Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Genève Enchères propose trois jours de ventes à la mi-septembre

Crédits: Genève Enchères

La couverture du catalogue est mystérieuse à souhait. «Certains la trouvent triste», explique Olivier Fichot, l'un des trois membres du triumvirat de Genève Enchères. Ah bon! Moi, je la trouve belle. En plus, elle met bien en valeur les lettres blanches annonçant les ventes des 19, 20 et 21 septembre. «Notre huitième série», précise Cyril Duval, qui complète le trio avec Bertrand de Marignac. Et puis, comme s'il s'agissait d'un quiz, j'ai tout de même fini par trouver l'origine de la photo. Bingo! Il s'agit d'un détail du lot 865. Un bol Art Déco du céramiste genevois Marcel Noverraz, modestement estimé entre 200 et 300 francs. 

«Il y aura le même nombre d'objets que d'habitude», explique Olivier Fichot que j'utilise d'autant plus volontiers comme porte-parole de Genève Enchères qu'il en est le commissaire priseur suspendu au micro. Un peu moins de numéroa psseront aux enchères. «Nous aimerions qu'elles ne dépassent pas deux heures afin de ne pas créer de fatigue chez les spectateurs.» Davantage par conséquent en vente silencieuse. Je rappelle le principe. Les acheteurs potentiels ont droit à un seul ordre, qu'ils glissent dans une urne. Le gagnant paie la somme proposée par son dernier concurrent en lice, plus dix pour-cent. «Certaines pièces font paradoxalement plus cher ainsi, notamment les objets de charme. C'est une chose que nos vendeurs ont de la peine à comprendre.» Cela dit, entre ce qui se verra voué à la criée ou au silence de l'urne, il y a forcément de l'arbitraire. Comme en toute chose...

La cheminée qui frappe 

Tandis que je fais mon petit tour à la rue de Monthoux, le 6 septembre, quelques objets se détachent au regard. C'est le cas de l'énorme cheminée en noyer sculpté des années 1880. On l'imaginerait très bien dans un manoir néo-Renaissance de la campagne française comme dans un hôtel particulier américain du genre «La splendeur des Amberson». «Elle nous est confiée par une dame qui en a rêvé», raconte Cyril Duval. «Elle l'a acquise il y a longtemps aux Puces parisiennes, pensant qu'elle trouverait un jour le moyen de l'installer chez elle.» Espoir visiblement déçu. Mais avec une prisée entre 1000 et 1500 francs, quelqu'un prendra bien son relais. «C'est le type même de chose qui nous avait moyennement impressionné sur place et qui trouve ici son vedettariat.» 

Autrement, il y a bien sûr de tout, d'un ensemble de meubles Napoléon III conçus par un tapissier fou (entre 500 et 800 francs) à une suite de tableaux faussement naïfs de la genevoise Alice Jacquet, morte en 1990 (tiens, une amie de mon père!), qui devraient partir à moins de 1000 francs. «Cette fois, nous n'avons pas à priori de lot très cher», explique Olivier Fichot. «Le plus important est une peinture chinoise d'époque Ming portant la signature de Lang Ying. Elle devrait faire entre 10 000 et 15 000 francs.» Conditionnel. Tout peut en effet arriver dans une vente, «surtout avec des œuvres asiatiques». Cela dit, ce lot 641 pourrait aussi, en cas de malheur, ne pas séduire...

Un quartier qui bouge 

Même si tout n'est pas en place, à plus d'une semaine du vernissage qui tombe comme par hasard le 14 septembre, jour de la Nuit des Bains, l’ensemble donne une impression d'aération. «Il reste encore à trouver des solutions pour la vente silencieuse.» Il y a aussi une impression de variété. Pas d'interminable série d'objets étrangement analogues, ce qui a pour effet de «plomber» une vente. «Il nous manque peut-être», admet Olivier Fichot, «un ensemble important sortant d'une même maison ou d'une seule succession. Cette fois, nous n'avons aucune histoire à raconter, ce qui ajoute toujours un plus.» Ce devrait être le cas pour décembre, mais en principe je ne sais rien. L'affiche déjà tirée annonce par ailleurs pour la fin de l'année de l'archéologie, secteur explosif s'il en est. 

En donnant un dernier regard sur les tableaux, tant anciens que modernes, avec un soin particulier pour un projet de décor symboliste du Genevois Gustave de Beaumont (lot 301, entre 1000 et 1500 francs, ce qui fait bon marché au centimètre carré), je vois le nouvel immeuble de luxe pousser en face du 38, rue de Monthoux. Des appartements à plus de deux millions, à ce que l'on dit. Décidément, le quartier change. Une maison d'enchères, au public rajeuni par rapport à Piguet-Hôtel des ventes. Des restaurants de luxe. Ou alors très bobo. Les Pâquis traditionnels auront bientôt vécu. Que voulez-vous? A Genève, chaque centimètre immobilier vaut de l'or! A côté, les prix de genève Enchères restent tout petits petits...

Pratique 

Genève Enchères, 38, rue de Monthoux, Genève. Tél. 02 710 04 04, site www.geneve-encheres.ch Exposition publique les vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17 septembre de 12h à 19h. Ventes aux enchères les 19, 20 et 21 septembre.  

Photo (Genève Enchères9: Un détail de la couverture du catalogue, avec le bol Art Déco de Marcel Noverraz.

Prochaine chronique le mercredi 13 septembre. Tout sur le Parcours Céramique, qui va débuter à Carouge.

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