Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Majeur/Mineur", un livre collectif très intellectuel sur la "déhiérachisation de la culture"

Dix auteurs français ont réfléchi sur l'hybridation entre les cultures "du haut" et celles "du bas". Ces dernières tendent aujourd'hui à dominer le champ.

La couverture du livre avec Elvis et Warhol.

Crédits: Succession Andy Warhol, FRAC Auvergne.

En 1990, le Museum of Modern Art de New York proposait une exposition intitulée «High and Low». Kirk Varnedoe, alors conservateur en chef du département des peintures et sculptures, entendait jouer les trublions. Il brassait généreusement les cultures savantes et populaires. Le scandale n’a pas eu lieu. Les interactions entre le haut et le bas avaient commencé depuis longtemps. Si les goûts des «gens bien» ruisselaient de toute éternité jusqu’au petit peuple, des disciplines comme le rock ou la BD avaient déjà rapidement accompli le chemin contraire.

«Majeur/Mineur» se présente aujourd’hui comme un livre publié par le FRAC Auvergne. Il n’y a plus de province non plus. Dix intellectuels pointus planchent ici sur le sujet «high ans low», ce qui ne va pas sans contradiction avec le thème abordé. L’ouvrage me semble illisible pour le public en partie concerné. On glose par-dessus sa tête. La «déterritorialisation» de Gilles Deleuze n’est pas à la portée de n’importe qui. «Simulacre et simulation» de Jean Baudrillard non plus. Je me suis toujours demandé pourquoi les universitaires se devaient d’apparaître savants quand ils parlent de choses «basses». Je crois maintenant que c’est pour bien marquer la distance. Le jeu vidéo ou le film de série méritent certes une étude. Mais ils restent, comme aurait dit Agnès Jaoui, «le goût des autres». Le texte liminaire d’Eric Suchère s’intitule du reste «Verroteries intellectuelles».

Ne pas exclure

L’hybridation (plutôt que la «déhiéarchisation» annoncée pas le sous titre) a donc commencé il y a plus d’un demi siècle. Des genres nouveaux, venus de pratiques jeunes (le rock, la BD...), sont entrés dans la culture. Il s’agissait autant de l’enrichir que de ne plus exclure personne. D’où un mini entretien dans «Majeur/Mineur» avec Jack Lang, qui s’est voulu le ministre français de l’élargissement du champ jusqu’au graffiti ou au rap. Dominé par une nouvelle génération, plus ou moins coupée des précédentes, le marché de l’art a suivi à coups de records. Des vedettes «low class» ont gagné des sommes folles. L’argent sanctifie d’une certaine manière. Il rend du moins respectable. Le résultat fait que, selon Camille Saint-Jacques il devient difficile d’être marginal par rapport à son époque. «Qui peut oser prétendre être à la fois insensible à «La Joconde», aux Beatles et à une œuvre de Basquiat?». Le trio forme un sorte de consensus social minimal. Un consensus que le quatrième de couverture associe à «l’idéologie libérale»…

Tout cela intéresse, certes, mais avec un léger agacement. Le livre enfonce des portes ouvertes. Il rend cérébrales des choses plutôt simples. Il participe surtout de «l’entre-soi». Si «high» et «low» se rejoignent théoriquement en culture (le second dominant aujourd'hui largement la scène), il existe bien une France d’en haut et une autre d’en bas.

Pratique

«Majeur/Mineur», ouvrage collectif sous la direction de Camille Saint-Jacques et d’Eric Surchère, L’atelier contemporain, FRAC Auvergne, 203 pages.

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