Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

l'Unesco a publié son rapport 2020 sur les musées. Inquiet, mais pas catastophique...

Les 87 pays de l'organisation internationale ont participé. Ils ont parlé de la fréquentation, du financement et du sort des collections. Réponses contrastées.

A la National Gallery de Londres.

Crédits: Photo tirée du site Virer.malin

Cela peut sembler tard, mais il fallait le temps de l’enquête, de l’analyse et de sa rédaction. L’Unesco, que pilote depuis 2017 la Franco-Marocaine Audrey Azoulay (la dernière femme potiche de Français Hollande à la tête de son ministère de la Culture) vient ainsi de publier son «rapport Covid» pour les musées en 2020. Il n’est bien sûr pas bon, mais sans rien de désespéré. Le résultat se révèle surtout inégal selon les pays. Certains ont admirablement réagi au choc, alors que d’autres restaient KO après l’avoir pris de plein fouet.

Comment les choses se sont-elles faites? J’emprunte ici mes renseignements pratiques à un article de Gareth Harris paru dans «The Art Newspaper». L’organisation internationale a procédé par sondage, en diffusant un questionnaire sur Internet. Les 87 Etats membres ont apparemment tous répondu, ce qui donne du coup une idée de la situation de quelque 104 000 musées dans le monde. Les chiffres se sont vus regroupés afin de donner une vision contrastée sur des points précis. Je citerai le financement, le nombre de jours fermés ou la fréquentation. Mauvaise fréquentation, comme ont pouvait le penser. L’Unesco a ici dû publier ses chiffres en regards de ceux du tourisme planétaire, qui aurait baissé de 70 pourcent l’an dernier. Le tout se retrouve dans le rapport «Museums Around the World in the Face of Covid19». Un titre faisant sérieux.

Le Mexique à la traîne

Soyons pratiques. Qu’est-ce que cela donne? Résultats très contrastés en ce qui concerne la question financière. Pour un quart des pays sondés, rien n’a changé. C’est le cas pour la Chine, moins durablement frappée, le Brésil, très à la traîne en temps normal, ou l’Arabie Saoudite, dont les musées restent à venir comme je vous l’expliquais tantôt. Un autre quart a réagi en augmentant ses subsides. Parfois fortement, puisque leur montée a parfois été de 20 pourcent. C’est notamment le cas du Canada, souvent cité en exemple pour tout ce qui est muséal, ou de la Belgique, où tout va moins bien. Il suffit de penser à l’état catastrophique de certaines institutions bruxelloises. Dans la moitié de nations, le financement a en revanche diminué jusqu’à 60 pourcent. Il faut ici citer le Malawi ou la Palestine, mais aussi le Mexique en dépit de ses trésors précolombiens.

La situation s’est vite détériorée sur le plan financier dans des pays où on ne l’attendrait pas comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Les Anglo-saxons ont depuis toujours choisi un système basé sur le mécénat, qui s’est tari. D’où des contractions et des annonces de fermeture annoncées dès la fin mars 2020. Le rapport se contente ici de chiffres. Mais il faudrait se poser une grave question. Question Bourse, 2020 a été une année du tonnerre. Cela prouve en négatif que les nouvelles générations de super-riches quittent aujourd’hui le champ culturel pour celui du social ou, ce qui semble plus infantile et inquiétant, des folies du genre conquête de la planète Mars. Un changement durable. Il va «impacter», comme on dit maintenant, l’avenir de nombre de musées dépendant par essence de quelques milliardaires jadis cultivés.

Craintes pour les collections

Mais revenons au rapport «Museums Around the World». Il précise justement que les trois quarts des institutions craignent «pour leur développement futur». Selon quinze pays, dont la France, l’Allemagne et le Japon, le travail de conservation se retrouve présentement en péril. Là aussi, j’ouvre une parenthèse. Dans ces nations riches, les collections propres se sont souvent vues délaissées au profit d’expositions temporaires de type «blockbusters», attirant un large public. Le spectaculaire l’a peu à peu emporté sur le scientifique, d’où l’actuel effet boomerang. Mais il peut y avoir des cas tragiques. C’est notamment celui de l’Uzbekistan. Craignant des vols permettant un trafic organisé, ce dernier s’est allié pour y pallier au British Museum. Une institution qui ne se porte par ailleurs pas très bien, même si ses monstrueuses réserves (plus de 8 millions d’«items») ne risquent apparemment rien.

C’est bien sûr la chute du nombre des visiteurs qui inquiète le plus 14 pays branchés sur le tourisme, comme la Thaïlande mais aussi l’Islande. On sait que le Louvre, qui sert souvent de baromètre (ou de thermomètre), a vu son chiffre plonger de 70 pourcent en 2020 et que 2021 commence on ne peut plus mal. Le 19 mai, jour d’une réouverture partiale promise, le grand musée sortira d’un coma de 202 jours consécutifs. Un record du monde, à ce qu’il semble. D’une manière plus générale, le 83 pourcent des musées du Globe a partiellement ou totalement fermé ses portes pour des périodes allant d’un mois à un an. Une décision par ailleurs très contestée dans la mesure où les risques de contagion semblaient ici très peu élevés, voire pratiquement inexistants.

Boom digital

De nombreuses choses ont été faites pour remédier à cet état de choses, souligne l’Unesco. Surtout sur le plan didactique. L’organisation souligne les efforts accomplis pour diffuser le savoir hors les murs, comme des «kits de médiation». «Boostés», les sites ont vu le nombre de leurs visites exploser. Le savoir digital s’est ainsi multiplié, et pas uniquement en tant que pis-aller. Et cela même si le contact direct semble «indispensable» pour l’organisation pilotée par Audrey Azoulay. Il a ainsi conforté la situation, «en particulier les régions où le lien culturel reste fragile.»

Que faire maintenant, alors que le rapport 2021 s’annonce lui aussi difficile et parfois même tragique? Ne pas viser uniquement à la survie, mais à se projeter dans les années futures. Développer de véritables projets. Penser aux prochaines générations. Et ce (mais ici c’est à nouveau moi qui parle) alors que des pétroleurs et pétroleuses, souvent à la tête d’institutions, parlent de tout chambouler, voire annoncent la fin des musées. Spéculations intellectuelles. Révolutions de palais. Il y en a qui jouent en ce moment avec le feu, persuadés que le fait de vivre dans des pays dépensant beaucoup pour la culture les met à l’abri…

Et la Suisse?

Et la Suisse dans tout cela, me direz-vous? Tout va plutôt bien, comme le prouvent les chantiers maintenus de Zurich et de Lausanne. Rien n’a beaucoup évolué, dans la mesure où les encaisses ne se révèlent pas vitales chez nous et où des mécènes bien connus (même si l’un ne veut pas donner son nom à Genève…) restent hyperactifs. Je me suis ainsi fait refuser il y a quelques jours un article commandé par un journal français. Pas assez dramatique. Et une directrice de musée romand m’a confié que 2020 avait été au final une bonne année pour elle. Les gens, qui procastinaient en temps normal, n’ont guère remis leurs visites l’an dernier. C’était la (petite) ruée à chaque réouverture...

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