Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'ONU expose ses supposées oeuvres d'art au Musée Rath genevois. Attention les yeux!

Les intentions demeurent certes excellentes. Mais le résultat se révèle pour le moins médiocre. A quoi faut-il imputer cet échec, dont nul ose parler?

Le sous-sol avec "celles qui font Genève".

Crédits: Tribune de Genève.

L’an dernier, l’Organisation des Nations Unies célébrait en toute discrétion son 75e anniversaire. Ce n’est que cette vieille dame ait eu honte de son âge. Mais les corridors de l’immense bâtiment genevois restaient vides pour cause de pandémie. Aujourd’hui présentées au Rath, les photos en noir et blanc prises par la directrice locale Tatiana Valovaya en font foi. Il est simplement étrange de retrouver ces documents privés étalés en grand sur des cimaises muséales. Mais après tout «Divers égales unis» n’en est pas à une contradiction près.

Je sais que dans les lignes qui sont suivre je vais frôler l’hérésie, et que je risque donc le bûcher. Comme feu Michel Servet. L’ONU et la Croix-Rouge se sont tellement vus sanctifiés à Genève, ville internationale, que le moindre mot critique à leur égard mérite l’anathème. Il ne faut cependant pas tout confondre. Il existe les buts humanitaires, sanitaires, économiques et sociaux d’une part. Ils demeurent bien sûr admirables. Ces derniers n’en excusent pas pour autant les œuvres, dites d’art, que le public doit aujourd’hui subir au Musée Rath. Gratuitement, il est vrai. Sur deux étages, c’est un défilé de croûtes, en dépit de quelques grands noms. Robert Rauschenberg devait se sentir bien fatigué quand il a produit en 1994 la série des «Human Rights» servant en ce moment à mettre en valeur vingt-et-une personnalités genevoises. Mimmo Rotella était au bout du rouleau au moment il lacérait quelques affiches supplémentaires afin de créer «Pax» en 2004. Günther Ucker s’en est Dieu merci mieux sorti avec les quatre sculptures à clous composant «Von der Dunkelheit zum Licht» de 1978.

Cadeaux empoisonnés

Le pire ne se situe pourtant pas là. Il réside dans les présents empoisonnés des pays membres. On se croirait dans la galerie des cadeaux du Vatican. Pourquoi tant de médiocrités, placées sous le signe de la bonne pensée? La Société des Nations, au moment de la construction du Palais genevois à la fin des années 1930, s'était vue comblée d’oeuvres intéressantes. L'Espagnol José Maria Sert décorait de manière exemplaire une grande salle de grisailles sur fond or. La France meublait un salon grâce à Jules Leleu. L’Italie déléguait une grande toile de l’alors jeune Massimo Campigli. Le coeur du bâtiment abritait enfin quatre énormes toiles de Maurice Denis, Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel et aussi Roger Chastel, Pierre Bonnard ayant fini par se désister. Un ensemble décroché et roulé, hélas, dans les années 1950. Andrea Hoffmann serait en train de le restaurer. Qui dit mieux comme choix? La grandeur d’âme et les buts généreux ne sont pas obligés de se traduire misérablement.

Le sous-sol d'un Rath congelé sous prétexte de climatisation se voit voué au thème de l’égalité entre les sexes, ce qui n’étonnera personne. Tous les musées, cette année, traitent le même sujet au risque d’un dangereux effet de répétition. Il y a donc une série de photos de professions féminisées, prises dans tous les coins du monde. Plus une galerie montrant dix-sept Genevoises portraiturées en grand (100 x 150 centimètres) par Ana Dominguez Lombard. Dix-sept comme les grands objectifs de l’ONU d’ici 2030. Le moins qu’on puisse dire est que les élues ne donnent pas toutes dans le même type d’humanitaire. Entre les actions internationales généreuses de Françoise Demole et les activités mondaines de Charlotte de Senarclens en faveur de l’Orchestre de la Suisse romande, il y a tout de même un bémol. Et cela même si la musique, dit-on, adoucit les mœurs.

Pratique

"Divers, égales, unis", Musée Rath, place Neuve, Genève, jusqu'au 10 octobre. Tél. 022 418 38 46, site www.institutions.ville-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Entrée libre.

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