Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/La National Gallery montre un Degas "Drawn in Colours"

Crédits: The Burrell Collection, Glasgow

Edgar Degas est mort le 27 septembre 1917 et sa vente après décès se déroula l'année suivante, alors que les canons allemands pilonnaient Paris à distance. Il y a donc un siècle que le peintre a disparu, alors que sa gloire atteignait des sommets. Le 10 décembre 1912, une de ses toiles avait suscité le prix, jugé phénoménal, de 435 000 francs or. «J'ai la même impression que le cheval qui vient de faire gagner de l'argent à un bookmaker», déclarait alors l'artiste au «Figaro». L'homme passait en effet de son vivant pour pauvre, ce qu'il n'était pas. Les enchères après son décès révéleront l'un des plus grands collectionneurs de son temps, achetant aussi bien Ingres que Gauguin. 

La National Gallery de Londres, qui s'est montrée active lors des ventes Degas de 1918, où passaient également sous le marteau l'atelier de l'artiste, organise une exposition pour marquer l'anniversaire. Oh, il ne s'agit pas d'une de ces vastes noubas, comme elles se multiplient aujourd'hui de par le monde! «Degas, danse dessin», conçu dans ce genre, ouvrira le 27 novembre au Musée d'Orsay. La NG, comme l'appellent les initiés, préfère aujourd'hui à donner dans le registre intime, ce qui lui réussit d'ailleurs bien. Sa dernière réussite dans le genre était l'hommage à Giovanni da Rimini, qui vécut à l'aube au XIVe siècle. Une exposition de poche limitée à une seule salle. Mais quelle réussite!

Un acheteur boulimique 

Pour son Degas, le musée avait un réservoir tout trouvé. Ouverte en 1983 après avoir été donnée à la Ville en 1944, la Burrell Collection de Glasgow est en plein réaménagement. L'institution ne rouvrira ses portes qu'en 2020. L'industriel William Burrell (1861-1958), qui se révèle donc d'assez peu le cadet de Degas, vivait au moment où la ville écossaise connaissait une prospérité sans précédent. Il s'est mis à la collection autant par goût que par recherche d'un statut social. L'homme fit ainsi l'acquisition de plus de 8000 œuvres, dont 23 Degas. Il s'agissait dans la plupart des cas de pastels, médium choisi par l'artiste par inclination, mais aussi en raison de sa mauvaise vue. Autant dire que les tableaux n'ont jamais voyagé depuis leur achat. On sait à quel point ces poudres de couleurs peuvent se montrer volatiles. 

Certains pastels se prêtent néanmoins aujourd'hui. Je vous ai parlé de l'expérience Perronneau d'Orléans, où la restauratrice a inventé un mode inédit (mais compliqué) de transport sans risques. La méthode n'a pas été ici la même. Il en fallu une autre pour l'accrochage. Sachez que les clous sont fichés aux murs avant la mise en place des Degas. Toute vibration doit se voir évitée. Une ou deux pièces, jugées trop fragiles, sont pourtant restées en Ecosse. L'exposition, qui occupe un espace bas de plafond en sous-sol, comprend par ailleurs des pièces appartenant à la National Gallery et au musée de Glasgow. Il fallait illustrer la carrière entière de Degas, de ses débuts presque classiques dans les années 1870, à la toute fin, alors que le peintre était presque aveugle. La NG possède ainsi des danseuses russes des premières années du XXe siècle, alors que Degas allait renoncer par force à son activité, devenant du coup un féroce misanthrope.

Autres oeuvres à l'étage 

Le visiteur peut ainsi passer des champs de course aux coulisses de l'opéra, des femmes se lavant dans un tub à celles se faisant coiffer. Pas de scène de bordel cependant! Les Burrell devaient être des gens convenables. Présenté sur fond sombre, l'ensemble permet de découvrir nombre de pièces connues par la seule reproduction. Tout le monde ne va pas à Glasgow. Sa taille restreinte donne le temps de bien voir. Tout le monde peut découvrir. Il s'agit d'une manifestation gratuite dans un pays où les expositions temporaires tendent à devenir fort chères. Il est donc permis de la voir comme un cadeau. Le visiteur ne doit enfin pas oublier de se rendre à l'étage, dont la présentation vient de se voir profondément modifiée. Il y a là, dans une salle, d'autres Degas, dont «Miss Lala au Cirque Fernando» (1879). Ils sont cette fois à l'huile même si, sans pour autant tricher, ce médium plus solide se retrouve aussi parfois dans la Collection Burrell.

Pratique

«Drawn in Coulours», National Gallery, Trafalgar Square, Londres, jusqu'au 7 mai 2018. Tél.004420 77 47 28 85, site www.nationalgallery.org.uk Ouvert tous les jours de 10h à 18h, le vendredi jusqu'à 21h.

Ce texte est suivi par un autre sur un livre récemment paru à propos de Degas.

Photo (The Burrell Collection, Glasgow): Une scène de danse typique du Degas des années 1880.

Prochaine chronique le mardi 17 octobre. Beaubourg se penche sur le Derain des grandes années, 1904-1914.

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