Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/'"Encounter" en dessins anciens à la National Portrait Gallery

Crédits: Royal Collection/National Portrait Gallery, Londres 2017

John Godsalve, un protégé du roi Henry VIII, accueille le visiteur à l'entrée. C'est Hans Holbein qui l'a dessiné, en vue sans doute de donner ensuite un portrait peint. La feuille est en tout cas restée en possession de l'artiste, mort à Londres en 1543, soit environ onze ans après la séance de pose. L'artiste a indiqué les couleurs à la gouache, qui ressort bien sur un papier préparé. 

Jusqu'ici, tout va bien. La National Gallery de Londres remplit son contrat avec «The Encounter». Dire que la suite se gâte serait inexact. Les murs abritent une avalanche de chefs-d’œuvre provenant de collections publiques et privées d'Angleterre, celle d'Elizabeth II se situant entre les deux. Seulement voilà! Il y a un peu de tout. Une figure humaine suffit, même vue de dos comme pour l'étude de Pisanello réalisée vers 1450 en préparation d'une célèbre fresque de Vérone. Bien sûr, il s'agit là d'un cas extrême. Mais quel rapport entre le dessin où Rembrandt regroupe un certain nombre de croquis d'une même tête, un nu de face sur fond rouge de Léonard de Vinci et deux précieux exemples de portraits à la pointe de métal dus respectivement à Filippino Lippi et Benozzo Gozzoli? Aucun, si ce n'est le médium de base et une datation allant du XVe au XVIIe siècle, ce qui semble un laps de temps plutôt long.

Un dérapage thématique

Offrant occasion de voir des œuvres rarement montrées, parce que très fragiles, l’exposition pose un autre problème. La National Portrait Gallery possède une mission spécifique. Cette institution posée en annexe à la National Gallery doit montrer les effigies de Britanniques plus ou moins célèbres, des origines à la plus brûlante actualité. Ce devoir a longtemps été scrupuleusement respecté. Depuis deux ou trois ans, l'institution dérape. Il y a d'abord eu Rodin, ce qui pouvait éventuellement se justifier par les commandes de bustes par de grands clients d'outre Manche, comme Lady Sackville. Puis est venu Giacometti, honoré depuis par une grand rétrospective de la Tate Modern. Lui a succédé Picasso, qui me semble aussi du ressort de la Tate. La figure humaine de Picasso certes, mais une figure pour le moins continentale et par ailleurs souvent anonyme. 

Qu'est-ce qui justifie ces débordements? La lassitude devant les sujets imposés? Le besoin de faire des entrées? Une certaine paresse intellectuelle? Parce qu'enfin des grands portraitistes anglais, il en existe. Et, si la NPG a bien montré Lawrence ou Romney, il ne me semble y avoir vu ni Raeburn, ni Hoppner, ni certains créateurs moins exclusivement tourné vers l'effigie de commande du XXe siècle. Cela dit, cet éclatement ne reste pas propre à la NPG. A Paris, les musées se marchent sur les pieds les uns des autres. Orsay déborde sans arrêt de son cadre pour empiéter sur le domaine de Beaubourg. A Rome, la Galleria nationale d'Arte moderna et contemporanea et le MAXXI se font la guerre. A Madrid, on a vu les Picasso de Bâle au Prado, alors que l'artiste relève du Reina Sofia. Il devient difficile, dans ces conditions, de parler de politique muséale, pour le pas dire de politique culturelle tout court.

Pratique 

«The Encounter», National Portrait Gallery, Saint Martin's Place, Londres, jusqu'au 22 octobre. Tél. 004420 73 06 00 55, site www.npg.org.uk Ouvert tous les jours de 10 à 18h, le vendredi jusqu'à 21h.

Photo (The Royal Collection): Le portrait de John Godsalve, qui accueille le visiteur. Fragment.

Texte intercalaire.

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