Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Egon Schiele affole la censure des bus et du métro. Refusé!

Crédits: Joël Lamara/AFP

1918 sera l'année Egon Schiele. L'artiste autrichien sera alors mort depuis cent ans. Notez qu'elle pourrait tout aussi bien être celle de Gustav Klimt ou de Koloman Moser (1). La fin de la première Guerre mondiale a connu une énorme mortalité indépendante du conflit. Elle était due tant aux privations qu'aux épidémies. Il suffit de rappeler la fameuse «grippe espagnole» qui fit en quelques mois des millions de morts dans le monde. 

Vienne va donc fêter Klimt et surtout Schiele (Moser reste hélas nettement moins vendeur). Une énorme exposition, destinée à drainer les foules européennes, se mitonne au Leopold Museum de Vienne. Intitulée «Egon Schiele, Expression et lyrisme», la rétrospective ouvrira en février prochain. Il était temps de se livrer au battage publicitaire voulu. Deux œuvres ont été choisies pour ce faire. Il y a «Homme assis nu» de 1910 et «Fille aux bas oranges» de 1914. Seulement voilà! Il y a le sexe de la dame et les roubignoles du monsieur. L'Angleterre et l'Allemagne ont donc mal réagi. Les bus et métros londoniens ont par exemple refusé les affiches. Il les fallait avec des parties génitales floutées. Vienne a refusé. Un musée n'est ni Facebook ni une chaîne de TV américaine (2).

Une solution coquine 

On est finalement arrivé à un accord assez coquin. L'Office du tourisme de Vienne a créé de nouvelles affiches sur lesquelles les sexes se voient barré d'une ligne blanche. Celle-ci porte un texte. «Désolé, cent ans mais toujours aussi scandaleux aujourd'hui». Les transports publics de la capitale anglaise ont dû baster. Le quotidien «Evening Standard» en a fait sa Une, sans commentaire. Une énorme publicité gratuite. On se croirait revenu au temps des photos conçues par Oliviero Toscani pour Benetton. Chacune d'elle créait une tourmente médiatique. 

Tiré du «Figaro», le début de cet histoire appelle plusieurs remarque. Tout d'abord, le métro et le bus ont toujours été des points sensibles. A Paris, il y a bien longtemps, la RATP avait refusé de placarder l'affiche d'un film de Michelangelo Antonioni où il semblait se passer des choses sous un drap. Ensuite, c'est Vienne que l'on pourrait aussi mettre en cause. L'affiche de sportifs conçue par Pierre et Gilles pour l'exposition de ce qui est ensuite devenu «Masculin, masculin» au Musée d'Orsay s'était vue caviardée exactement de la même manière. Les footballeurs étaient recouverts d'une bande blanche en guise de slip.

Puritanisme rampant 

Enfin, il faut bien dire que nous entrons dans une ère très puritaine. Curieusement, les jeunes générations se montrent bien plus prudes que les anciennes. Un chat n'est plus un chat. Il ne faut rien dire et en montrer aussi peu que possible. Le politiquement correct, une certaine forme de féminisme (il y en a un bon et un mauvais, comme pour le cholestérol) en sont la cause. La perte de tout humour aussi. Il y a des jours où je serais tenté de dire que, comme le désert en Afrique, la connerie avance en Occident.

(1) Lié à la Sécession viennoise, Ferdinand Hodler est aussi mort en 1918.
(2) Une TV proche des évangélistes avait ainsi masqué les seins des «Femmes d'Alger» de Picasso quand le tableau s'était vendu si cher en 2015.

N.B. Culturespaces, qui gère à Paris les musées Maillol ou Jacquemart-André et à Aix l'Hôtel de Caumont, prévoit d'ouvrir en 2018 à Paris un musée Schiele virtuel afin de projeter en immense les tableaux du maître, absent des collections muséales françaises, ou presque. 

Photo (Joël Lamara/AFP): L'une des plus grosses publicités pour la future exposition Schiele à Vienne.

Texte intercalaire.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."