Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Christie's ferme sa salle "bon marché" de South Kensington

Crédits: Apollo

Patatras! Les grandes maisons de ventes aux enchères n'en finissent pas de licencier, et maintenant les fermetures commencent. Le 8 mars, Christie's a annoncé la clôture à la fin 2017 de sa salle de South Kensington à Londres. Il ne s'agit pas là d'un lieu historique. Il avait été créé en 1975 afin de liquider la marchandise jugée mineure. Les tableaux ou les objets chics pouvaient ainsi briller dans tout leur éclat à King's Street. Un luxueux bâtiment, très élégant même, à condition de ne pas se promener dans les coulisses, plutôt délabrées et sordides. 

South Kensington, localisé 85, Old Brompton Street, était donc l'endroit où se vendaient les meubles un peu abîmés, les tableaux sans attribution flatteuse ou les objets que l'on dit dans ces cas-là «de charme». Les ventes s'y révélaient très nombreuses. Il y a a ainsi eu 125 en 2012. Seulement voilà! Divers facteurs se tournent aujourd'hui contre ces enchères bis, ainsi que le rappelait dès le 8 mars le «New York Times». Il y a bien sûr les enchères en ligne, même si celles-ci ne représentent que le 1% du chiffre d'affaires de Christie's. Il n'y a donc eu que 56 vacations à South Kensington en 2016. Mais à cela s'ajoute le déplacement du marché, toujours plus tourné vers l'Amérique, et maintenant l'Asie. J'ajouterai, ce que la compagnie ne fait bien sûr pas, que, comme je vous l'ai dit l'autre jour, le nouveau rapport de la TEFAF indique un renversement de la vapeur. Ce sont désormais les grands marchands (surtout d'art contemporain) qui réalisent les plus grosses affaires.

Shanghai, Pékin et Los Angeles 

Adieu donc à ce qui constituait l'équivalent à l'échelon très supérieur de Koller West à Zurich! Les gens devront acheter sans voir, ce qui semble à l'homme d'une autre génération que je suis une hérésie. Je reste plutôt du genre à voir sans acheter. De toute manière, il y a belle lurette que Christie's refuse les lots vraiment bon marché, sauf pour une grosse vente de succession ou autre. Il y aura aussi un déplacement géographique des surfaces de vente. Christie's a ouvert un gros bureau à Shanghai en 2013 et un autre à Pékin en 2016. Los Angeles sera inauguré en avril 2017. Amsterdam se voit du coup frappé aujourd'hui, comme Londres, La succursale vivra désormais au ralenti, passant de six à une ou deux ventes par an. Tout cela ne va pas sans dégâts sociaux, bien sûr. Deux cent cinquante employés ont été licenciés, ce qui représente le douze pour-cent du personnel, jusqu'ici largement groupé en Europe. Tout le monde ne peut pas parler chinois en une nuit. 

Si le «New York Times» reste généraliste, il n'en va pas de même de la revue spécialisée «Apollo». Susan Moore, dès le 9 mars, rappelle les risques que prend aujourd'hui Christie's. La maison se coupe de ses petits clients, qui lui assuraient un fond de caisse. Elle court après les gros vendeurs, afin de réaliser des records. Or ceux-ci lui coûtent parfois de l'argent. Les vendeurs veulent non seulement la totalité de l'enchère, mais une garantie en cas de non-vente et une part de la commission prélevée sur le client. Une forme d'équilibrisme qui peut vite mener à la ruine, comme cela a failli se produire en 1990. Sotheby's doit encore avoir la vente Alfred Taubman de 2015 en travers de la gorge. La maison avait tant promis aux héritiers Taubman...

La foire à la place de la salle de vente 

Et puis Susan parle de l'aspect humain, qui ne semble désormais plus intéresser personne. Pour elle, si les gens fréquentent aujourd'hui tant les foires (et elle écrit précisément de la TEFAF de Maastricht), c'est parce qu'ils sont à un événement social, où ils voient à la fois des œuvres et des gens. Selon elle, la TEFAF 2017 s'annonce commercialement excellente. Mais tout le monde ne se montre pas aussi optimiste. Qui vivra verra...

Photo (Apollo): La salle de South Kensington, qui fermera fin 2017.

Texte intercalaire.

 

 

 

 

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