Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/"Versailles et la mode" ou l'éternel retour de Marie-Antoinette

Crédits: Christian Dior

C'est le prototype même du livre pour Noël. Un ouvrage un peu frivole donnant l'idée du luxe et de l'insouciance. Une chose à la fois brillante et légère, coûtant cher mais pas trop. «Versailles et la mode» se vend au tiers du prix demandé pour le «Paolo Uccello» de L'Imprimerie Nationale, dont je vous ai récemment entretenu. Pour tout résumer en deux chiffres, la chose se voit proposée dans les librairies française (mais pas suisses!) à 55 euros... 

C'est Laurence Benaïm qui signe ce bouquin largement illustré. Il s'agit d'une spécialiste de la couture, plutôt vue du côté des coulisses. Les amateurs doivent à cette journaliste des biographies de Madame Grès, de Saint Laurent ou d'Alaïa, récemment disparu. L'auteur se situe ici à la croisée des genres. Il y a d'abord d'histoire. Celle de France se fait à Versailles de 1682 à 1789. Le palais, qui a bien failli disparaître sous la Révolution, sert depuis de cadre pour des fêtes réelles ou imaginaires, quand il ne déborde pas de public populaire venu en curieux. Couturiers et cinéastes se mettent dans les pas de Louis XIV, de la Pompadour ou de la Du Barry. Nous sommes ici dans le monde du spectacle.

Chronologie bouleversée

Au fil des pages, qui se jouent de la chronologie, le lecteur passe ainsi des décors historiques à ceux du 7e art, des modes authentiques à leur «revivals» du XXe, voire du XXIe siècle. A lui d'opérer des rapprochements dans ces télescopages faisant parfois appel à des éléments en apparence très extérieurs au château. Il faut de l'imagination pour voir une reine dans la richissime Mrs Cornelius Vanderbilt photographiée dans son appartement de la Ve Avenue par Cecil Beaton en 1941. Marisa Berenson incarnait en fait une lady anglaise dans «Barry Lyndon» de Stanley Kubrick. La robe «Marie-Louise» créée par John Galliano pour Dior en 1998 amplifie dans une atmosphère de «showbiz» les créations les plus folles imaginées par la couturière Rose Bertin pour Marie-Antoinette vers 1780. 

Formée par d'excellents documentalistes, peu mis en évidence au générique de cet album, l'iconographie de «Versailles et la mode» tient donc du puzzle et du jeu de miroirs. Danielle Darrieux en «Madame de» rejoint Normal Shaerer ou Kirten Dunst en Marie-Antoinette, qu'elle incarnèrent respectivement en 1938 et 2006. Mais il y a aussi place pour Vivienne Westwood, ex-punkette convertie aux fastes monarchiques, ou Mona Bismarck, mondaine des années 50 qui régnait sur une petite cour à Paris et à Capri. Le plus amusant demeure sans doute le portrait de Marie-Laure de Noailles, pris pour un bal de 1949. Assumant son physique hommasse, la mécène des surréalistes s'y est présentée en Louis XIV. Les questions de genre ne datent pas d’aujourd’hui.

Pratique 

«Versailles et la mode», texte de Laurence Benaïm, préface de Catherine Pégard (nommée par l'Etat à la tête charge du Château pour des raisons que la raison ne connaît pas), aux Editions Flammarion, 244 pages.

Photo (Christian Dior): La Galerie des Glaces utilisée pour lancer une collection Dior, fin des années 1990.

Texte intercalaire.

 

 

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