Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Un an de grands messes à Palexpo vues par Olivier Vogelsang

Crédits: Olivier Vogelsang

Je plaide coupable. J'aurais dû aller à Gruyères cet été, comme il me faudrait m'y rendre en ce moment pour Sandrine Pelletier (1). Seulement voilà! Même si la petite ville médiévale fribourgeoise, perchée sur sa colline, forme l'une des destinations favorites de touristes japonais avec le pont de Lucerne et le Cervin, c'est long et compliqué de s'y rendre avec les transports publics. Trois trains, puis un autocar. Mieux vaut que le temps se montre ensoleillé. Comme toute carte postale, Gruyères a besoin d'un fond de ciel bleu. 

Que se passait-il donc là-bas, dans la cour du château? Olivier Vogelsang y exposait des images de sa nouvelle suite intitulée «Grand Messe», ce qui sonne bien dans un pays resté très catholique. «Le conservateur du musée Felipe dos Santos m'a appelé pour me demander une exposition», explique le photographe genevois. «Je pensais qu'il voulait des tirages de mon livre «Switzerlanders», qu'avait publié les éditions D'autre Part en 2012.» Eh bien pas du tout! Le directeur désirait celles, plus récentes mais moins typiquement helvétiques, du tout nouvel ouvrage d'Olivier. «Grand Messe» est sorti de presse en mai 2017.

Une année de salons à Palexpo 

De quoi s'agit-il? On sait que l'expression s'est depuis longtemps laïcisée. La presse l'a mise à toutes les sauces. Une grand messe est de nos jours une réunion festive. Je songe à Paléo à Nyon ou à la finale d'une coupe de football. Ici, il s'agit de foires. «J'ai suivi toutes celles, nombreuses, qu'organise à Genève Palexpo.» Il s'agit d'une litanie. Chaque année, aux mêmes dates ou peu s'en faut, les mêmes salons reviennent au calendrier de ce mastodonte aveugle, qui bétonne le Grand-Saconnex, un peu hors de la ville. Notons que la plus renommée d'entre ces foires s'est fait la malle. «J'avais photographié Télécom en 2003 pour «Libération». Cela m'a d'ailleurs servi de tardif déclic.» On se souvient que le départ pour d'autres cieux de cette manifestation hyper-médiatique avait provoqué un psychodrame local en 2011. C'est tout juste si la cité n'allait pas en mourir. 

Pour ses reportages, dont le but était de se voir réunis dans un livre, Olivier Vogelsang a donc documenté une foule de salons. «Le lecteur ne découvre en réalité pas une seule année mise bout à bout. J'ai fait plusieurs fois la boucle. Il y a ainsi trois Salons de l'Auto mélangés.» On comprendra que le matériel accumulé soit devenu énorme. Presque ingérable. «Je dois avoir pris plus de 10 000 clichés.» Le travail d'édition s'est par conséquent révélé ardu. Que garder? Quelles choses mettre en rapport? Comment arriver à ce qui donne l'impression d'un équilibre? L'ouvrage ne contient en effet qu'un seul texte, posé en préambule. Il est de Laurence Boissier et ne compte guère que deux pages.

Chantier, foire et fermeture 

Que découvre l'acheteur de l'ouvrage dans ce livre, visuellement ouvert sur une image de préparation au Salon du Livre, où deux Vieux-Grenadiers encadrent le pupitre, l'un d'eux se mouchant dans un geste fort peu militaire? D'abord des chantiers. Des stands se profilent. Des gens arrivent de l'aéroport tout proche. Puis débarquent les premiers visiteurs. Ils débouchent des escalators. Un monde éphémère s'ouvre à eux. Celui de l'automobile, bien sûr, ce très ancien salon demeurant le plus couru. Mais il y a aussi celui du Livre et de la presse, qui tend aujourd'hui à se rabougrir. La Haute Horlogerie, avant tout réservée aux professionnels. Les Inventions. Swell, voué à ce que recouvre le mot vague (et forcément anglo-saxon) de «wellness». Les Automnales, formant l'ultime avatar des Arts ménagers. Artgenève. Plus tous ceux auxquels le profane ne pense pas. Vitafood, l'Exposition féline internationale ou Index Genève, dont je découvre même l'existence. Il s'agit d'une «foire des non-tissés». «Grand Messe» se clôt avec des papiers par terre des chaussures abandonnées. C'est fini pour cette fois!

De quelle manière Olivier Vogelsang, que j'ai longtemps connu à la «Tribune de Genève» où il a travaillé du début des années 1990 à 2016, voit-il tous ces univers? Sans images choc. Olivier n'est pas un expressionniste comme Steeve Iuncker, qui fut longtemps son collègue à la «TG». Il y a certes des gros plans, mais indulgents. L'observateur demeure un peu en retrait. S'il y a bien quelques touches d'humour, elles restent discrètes. Je remarque surtout de l'empathie. De la curiosité. De la couleur aussi. Olivier, qui a durant des années travaillé en laboratoire son noir et blanc, a ici passé au bariolage. Il faut dire que la chose reflète bien les salons, où il s'agit d'en mettre plein la vue du public.

Dédicace le 5 octobre 

Till Schnaap sort ce nouvel ouvrage. «Il s'agit d'un éditeur bernois qui publie à l'occasion de bons livres de photo. Il a notamment assuré celui de Mario del Curto «Les graines du monde». On lui doit aussi les catalogues du Swiss Press Photo.» Un concours annuel qu'Olivier connaît bien pour y avoir été distingué plusieurs fois. Le bouquin constitue un joli travail de mise en page et d'impression. Aucune image ne se voit coupée en deux pas un pli, comme trop souvent. Olivier a tout cadré en hauteur. Les Genevois, qui retrouveront Vogelsang les 14 et 15 octobre lors de la nouvelle nuit «No' Photo», pourront feuilleter (et bien sûr acheter) auparavant le volume le jeudi 5 octobre. Il y aura une signature au Leica-Store. «Normal. J'utilise un Leica.» 

(1) Elle expose jusqu'au 22 octobre.

Pratique 

«Grand Messe», d'Olivier Vogelsang, préface de Laurence Boissier, aux Editions Till Schnaap, 136 pages. Signature le jeudi 5 octobre à Genève au Leica Store, 1, place de Saint-Gervais de 16 heures à 18 heures 30. C'est donc demain!

Photo (Olivier Vogelsang). La couverture du livre.

Prochaine chronique le jeudi 5 octobre. Le Stanze del Vetro de Venise proposent Vittorio Zecchin, designer des années 1920.

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