Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Un album d'images pour les 22 premières années du Mamco

Crédits: Ilmari Kalkkinen/Mamco

Le livre aurait pu fêter les 20 ans du musée. Servir de gâteau d'anniversaire. «Mamco Genève» célèbre à la place un règne, celui de Christian Bernard. L'ouvrage couvre en effet les années allant de 1994, date de l'ouverture au public, à 2015, qui a marqué le départ de son créateur. Peu de texte(s). La place se voit laissée aux images, dont l'actuel directeur Lionel Bovier rappelle qu'elles restaient inédites. L'institution avait pour politique de ne jamais publier de catalogue, mais de développer à la place une politique indépendante d'édition de livres, confiée à Thierry Davila. 

Il y a donc ici les archives du Mamco, qui a utilisé comme photographes Ilmari Kalkkinen jusqu'en 2015 et et Annik Wetter en 2016. Il eut peut-être été bon que ces derniers se voient associés dès le départ à cet album et qu'il ne faille pas chercher leurs noms, écrits en tout petit, quelque part dans le colophon final. Les duettistes ont imprimé leur style à l'image donnée par la maison, dans la mesure où ce sont leurs regards que la presse a relayé durant deux décennies et des poussières. Leurs images sont assorties d'un court texte, très simple, sur l'exposition et son contexte. 

Du bon usage de la parataxe

Autrement, le livre démarre avec un texte de Lionel Bovier. Christian Bernard, qui n'a rien rédigé pour cet ouvrage, y apparaît au travers d'un entretien donné en 1995 à Lionel, Catherine Quéloz, Christophe Cherix et André Ducret. C'est vieux... Christian Bernard y jargonne un peu. «Ce qui m'a guidé, en réalité, c'est l'idée d'un musée parataxique plutôt que syntaxique, ainsi qu'en ont parlé Hölderlin, Adorno et d'autres à propos de l'écriture.» Je préciserai du coup que la parataxe tient en simples juxtapositions. «La parataxe intentionnelle est le motif philosophique sur lequel j'essaie de construire ce musée, en passant au revers de la déploration, du désenchantement du monde et de la déploration de la perte de sens.»

Sur un plan plus pratique et plus simple, le Mamco a renoncé à l'emphase autour de chefs-d’œuvre. Il s'est permis la couleur en réaction au «white cube». Il a accordé une place particulière à certains artistes actifs en son sein, comme l'atelier de Sarkis. La direction leur a fait des propositions, comme celle d'imaginer une «dernière salle». Elle a pour sa part imaginé des parcours «à focale variable». Elle a enfin entretenu sa mémoire par d'éternels détours. Tout cela, c'est aujourd'hui en partie du passé. L'institution se réinvente à toute vitesse. Elle a déjà changé de forme depuis les dernières photos prises. En d'autres termes, l'institution mue. Le livre que j'ai entre les mains se révèle déjà historique.

Un peu d'histoire 

Le deuxième texte important est celui de l'architecte Erwin Oberwiler qui a transformé une usine désaffectée en musée. Ce dernier a été très long à naître. Il a failli se situer ailleurs. Les travaux ont été effectués avec une enveloppe minimale. Il fallait au départ partager les lieux non seulement avec le Centre d'art contemporain (CAC) et le Fonds municipal de décoration (actuel FMAC), mais un musée privé de l'automobile ancienne, celui de Jean Tua. Oberwiler, qui reste un proche du Mamco, réalise là un utile travail de mémoire. Qui se souvient encore de Jean Tua? Qui se rappelle de nos jours que le site actuel a été proposé pour la première fois par deux architectes, Serge Lichtenstein et Cyrus Mechicat, et une historienne de l'art, Hendel Teicher? 

Passé ces seuils, le visiteur peut commencer à feuilleter l'album. Certains clichés lui rappelleront des choses. D'autres plus rien du tout. J'y étais pourtant! Que voulez-vous? Chacun aura retenu des choses différentes, sauf peut-être quand le musée entier était offert à un seul créateur, comme John Armleder, Sylvie Fleury ou Tatiana Trouvé. Plusieurs pages, vers la fin, sont consacrées aux «espaces» caractéristiques du Mamco, de «L'appartement» à l'«Open House» de Gordon Matta-Clark à «La forêt» de Xavier Veilhan, périodiquement remontée.

Du côté des fondateurs 

Je terminerai en signalant que le livre porte la patte graphique de l'atelier Gavillet & Cie/Devaud. Qu'il en existe une version anglaise. Qu'il comporte un mot pour les membre fondateurs, et les autres venus depuis. Parmi les premiers se trouvait Pierre Mirabaud, qui a aidé à la publication actuelle. J'ai été à l'école avec Pierre. Nous étions voisins à Hermance. C'était le bon temps. Le début des années 60. Moi aussi, «amarcord», comme aurait dit Fellini!

Pratique 

«Mamco Genève», édité par le musée 352 pages.

Photo (Ilmari Kalkkinen): L'installation de la Genevoise Sonia Kacem. Elle fait partie des choses dont je me souviens.

Prochaine chronique le dimanche 2 avril. Tout ne va pas pour le mieux dans l'unvivers du patrimoine vaudois.

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