Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Stéphane Zaech présente les interviews du peintre Alex Katz

Crédits: DR

Il a eu 90 ans cette année. Mais, comme il s'agit d'une révélation européenne récente, le public crédite Alex Katz d'une jeunesse persistante. Présenté en 2013 par le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne en tandem avec Félix Vallotton, l'Américain donne comme le Vaudois une peinture figurative stylisée. Chez Katz, qui va plus loin dans l'audace, aucune illusion de profondeur. L'homme procède par aplats, ce qui peut donner en photo l'impression d'une illustration d'album. C'est l'échelle qui révèle le tableau. La plupart de ses toiles sont en fait très vastes.

Katz fait aujourd'hui l'objet d'un petit livre, non illustré, paru en Suisse romande. Stéphane Zaech signe le texte introductif. «Que penser d'un homme qui aujourd'hui, en 2015, prend son chevalet et ses pinceaux et va peindre sa femme au bord de la mer, son fils, ses amis buvant des verres, des arbres ou des fleurs, une rivière, des maisons?» Le problème est posé. L'artiste va s'appliquer à le résoudre lui-même. Le reste du bouquin est consacré à sept entretiens accordés entre 1961 et 2002. Des interviews qui se retrouvent ici traduits et surtout longuement annotés par Zaech.

Une émergence difficile 

D'origine juive russe, comme Mark Rothko, Katz a éprouvé de la peine à émerger sur la scène américaine quand New York «restait encore une ville provinciale». Lentement mis au point, son style allait à l'encontre d'un expressionnisme abstrait vite érigé en dogme. «Ces Kline, ces De Kooning, ils avaient une énergie tellement énorme.» En tant que personnes, Katz s'entendait bien avec eux. Mais les musées, tournés vers des avant-gardes qu'il a vite jugé «académiques», leur laissait toute la place. La chose devenait à la longue pesante, même si «cela ne me dérange pas d'être traditionnel.» Encore faut-il vous laisser un peu de champ! L'attente a duré jusqu'aux années 1960. Aujourd'hui, le style adopté a perdu de son importance. Du moins pour la figuration ou la peinture, jugées un temps dépassées. Mais «faire de l'art duchampien, c'est obsolète», décrète quelque part Katz, devenu une star américaine. 

Les entretiens se révèlent intéressants. Bien menés, parfois par d'autres artistes comme Francesco Clemente ou Richard Prince. Il s'agit alors de joutes amicales. Il y a inévitablement des répétions, signes par ailleurs que Kartz n'adapte pas son discours au goût de son interlocuteur. Reste qu'il faut aimer sa peinture, laissée ici invisible au lecteur, supposé la connaître. J'avouerai humblement que je ne suis pas très fan. Même si je dois bien admettre qu'elle existe et qu'elle séduit. Question de goût, et le goût cela ne se discute pas.

Pratique

«Alex Katz, Interviews, textes écrits ou annotés par Stéphane Zaech, aux Editions Art&Fiction, Lausanne, 182 pages.

Photo (DR): Alex Katz au milieu de ses toiles et de modèles.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur les deux livres voués à Saint-Trophime d'Arles.

 

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