Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Quand Robert Doisneau photographiait le grand monde pour "Vogue"

Crédits: Robert Doisneau, photo tirée de l'affiche de l'exposiition

C'est un livre et une exposition. Cette dernière, il faut la découvrir en banlieue. Mais c'est tout de même à Versailles que les choses se passent. On ne pouvait décemment pas loger «Vogue» n'importe où. Notez qu'il y a tout de même ici un mélange voulu de classieux et de populaire. Il fallait un certain culot à Michel de Brunhoff, à la tête de la version française de cette revue de mode depuis 1929, pour engager un Robert Doisneau alors inconnu en 1948. Ce dernier allait se retrouver comme «le fils du jardinier qu'on aurait invité au château», selon ses propres termes. 

Pendant quatre ans, Doisneau couvre donc les réceptions mondaines, mais parcourt aussi les coulisses des théâtre et du monde littéraire. Plus la mode, évidemment, où il se sent un peu égaré. Il ne baigne pas dans le glamour avec l'aisance d'un Henry Clarke ou d'un Irving Penn. C'est le côté décalé qui séduit en fait Brunhoff et son assistante Edmonde Charles-Roux, qui lui succédera en 1954. Il y a des dégâts. Un grand soir, on fait ainsi comprendre au photographe en complet veston qu'il ne pourra pas manger avec les invités. Choquée, la grande bourgeoise Edmonde le suit à la cuisine. Mais ce n'est pas toujours le cas. Alors qu'il arrive tire-bouchonné avec un assistant chez le très chic Etienne de Baumont pour un bal hyper distingué, le comte juge la chose comme sans importance. «De toute manière, vous serez les rois de la soirée.»

Du chic et du populaire 

Le livre allant avec l'exposition versaillaise se présente comme une énorme revue glissée dans un coffret. Le prix en apparaît d'autant plus doux, 49 euros. Il y a là les images d'un temps aussi révolu que la cour de Louis XIV, comme celle des grandes villes française de l'immédiat après-guerre, voire des sujets sociaux. «Vogue» avait alors tous les culots. On reconnaît certaines personnes parmi ces fêtards, cravate noire et robes longues de haute couture. Il y a notamment là une fille de 16 ans, mi débutante, mi mannequin. Elle va beaucoup faire ensuite parler d'elle. Il s'agit d'une certaine Brigitte Bardot.

Pratique

«Robert Doisneau, les années Vogue», aux Editions Flammarion. L'exposition a lieu jusqu'au 28 mai à l'Espace Richaud, 78, boulevard de la Reine, à Versailles. Tél.00331 30 97 85 15. Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 19h.

Photo (Robert Doisneau, tirée de l'affiche de l'exposition): Bal à l'Hôtel Lambert, Paris, le 1er juin 1950.

Texte intercalaire.

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