Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Quand les Suisse commandaient leur jetons de nacre en Chine

Crédits: Château de Nyon

C'était l'an dernier. Toujours sous le signe du XVIIIe siècle, le château de Nyon nous offrait du 13 mai au 23 octobre «Le voyage aux Indes». L'exposition proposait un certain nombre de services de la Compagnie des Indes commandés par des familles suisses, essentiellement romandes, à leurs armes. Un net signe extérieur de richesse. La livraison se révélait en plus interminable. De là à affirmer que la porcelaine était de la meilleure qualité, il y avait un grand pas à franchir. La matière première se révélait en effet de second ordre. 

Une partie de cette présentation de 2016 était dédiée aux jetons de nacre, souvent demandés en même temps. Destinés au jeu, le divertissement favori des classes oisives au XVIIIe siècle (Marie-Antoinette comme Georgina, duchesse de Devonshire perdirent des fortunes à la table), ils étaient eux aussi importés de Chine, le mot Indes ayant quelque chose de générique. Si le catalogue sur les services a paru en 2016, celui sur les jetons restait en chantier. Le voici donc, sous la plume de Vincent Lieber avec un avant-propos de Bill Neal, le spécialiste de la question, et une contribution d'Ulrich Städler portant sur les jeux au château de Hauteville, au-dessus de Vevey. Avant de vider le bâtiment lors d'une mémorable vente aux enchères en 2015, les héritiers ont fait un somptueux cadeau au Musée suisse du jeu de La-Tour-de-Peilz.

Cercles, poissons et rectangles

Les jetons, en forme de cercles, de petits poissons ou de rectangles constituaient une monnaie fictive, comme les plaques de casino. Leur nombre demeurait cependant fixe. Pour quatre joueurs, le nombre normal, il y en avait 140, contenus dans une bourse, puis dans une boîte en laque, elle aussi d'origine asiatique. C'est l'Angleterre, dont les rapports avec Canton ont été le plus durables, qui en a ordonné le plus entre 1710 et 1840. En France ou en Suisse, les commandes ne s'étalèrent que de 1740 à 1770. Le prix de ces petits objets devait être considérable, même si les centaines d'ouvriers chinois requis étaient à peine payés pour un travail aussi usant que difficile. La nacre était non seulement gravée d'armoiries ou de scènes exotiques, mais parfois ajourée comme une dentelle. 

Il n'existe que peu de littérature, et donc de recherches, sur ces petits objets parfois proposés à la vente sur eBay, ou ailleurs. Vincent Lieber résout certaines questions, tout en en laissant d'autres ouvertes. Il rend surtout attentif à tout un pan de l'exportation pour l'Europe au temps de la dynastie Qing. Un chapitre se voit voué à la production française analogue, produite par des tabletiers. Il va de soi que le livre est abondamment illustré.

Pratique

«Jetons de nacre et boîtes de laque» de Vincent Lieber, édité par le château de Nyon, 110 pages.

Ce texte intercalaire complète celui sur l'actuelle exposition au château de Nyon.

Photo (château de Nyon): Un jeton en forme de double poissons. Le modèle est assez rare.

 

 

 

 

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