Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Michel Thévoz revient avec un recueil, "L'art comme malentendu"

Crédits: RTS

Il revient avec un livre court, publié cette fois aux Editions de Minuit. Michel Thévoz a l'humeur vagabonde et il passe aussi volontiers d'un éditeur à l'autre. S'il avait déjà paru à cinq reprises dans le prestigieuse maison parisienne, notamment en 2003 avec «L'esthétique du suicide», le Vaudois ne croit pas déchoir en sortant à l'occasion en Suisse romande chez L'Aire, Favre ou Infolio. 

«L'art comme malentendu» forme un recueil. Autant dire qu'il se compose d'une série d'articles, dont deux ont déjà paru dans La Collection de l'Art brut. Rien là que de plus normal. Né en 1936, Thévoz a été en 1976 le premier conservateur de l'alors toute nouvelle Collection de l'art but de Lausanne, née d'un don de l'irascible Jean Dubuffet, qui s'était brouillé avec les autres lieux prévus au départ. Le Lausannois en a fait jusqu'à sa retraite une institution de référence, qui n'a cessé de rayonner et de s'enrichir.

Le refus des certitudes 

Michel Thévoz a parallèlement enseigné à l'Université de sa ville, et un peu publié. Rien de ce torrent de mots caractérisant souvent les lettreux. Ces sujets, rappellent aujourd'hui Les éditions de Minuit, se révèlent souvent «borderline». Il y a l'art brut et son contraire, l'académisme. Le spiritisme. L'infamie, pour laquelle il a rédigé un «plaidoyer». La folie, qui a fait l'objet d'un «requiem». Il faut aussi citer «Le syndrome vaudois» en 2002. Thévoz aime bien s'attaquer aux certitudes. Au confort moral. Aux hypocrisies. Avec les risques que cela suppose. Le jeune homme pourfendait une Suisse trop sûre d'elle-même et de son bon droit. L'octogénaire baigne dans le politiquement correct des années 2010. 

De quoi parle l'ouvrage actuel, sorti début 2017? De l'ambiguïté du théâtre et des ses jeux de miroir. De quelques artistes bruts. De «l'invention de la laideur», qui lui semble caractériser l'art contemporain. Du grésillement de Miles Davis en 1958. Du «Devenir musée de la planète Terre». Plus bien sûr du texte servant de titre au recueil, «L'art comme malentendu». L'idée reste ici assez simple. Avec le temps, l’œuvre s'éloigne de son auteur. Elle a cessé de lui appartenir. Chacun l'interprétera à sa façon. Il donnera sa solution à ce que Thévoz pense être une énigme. Pour Jacques Lacan, «le fondement même du discours interhumain est le malentendu.»

Un discours très intellectuel 

Moi, je veux bien. A son habitude, Michel Thévoz se révèle d'une intelligence brillante. Il conserve son acuité. Mais que ce discours est intellectuel! Mais combien comporte-t-il de références, utilisées comme des coups de massue! Je reste frappé de lire, dans les pages sur les artistes bruts «privés de mots», tant de mots compliqués dont il faut chercher la traduction dans un gros dictionnaire. L'universitaire parlant des humbles ressemble du coup à la bonne dame du château faisant l'aumône dans les romans de la comtesse de Ségur. Et puis la pensée me paraît générationnelle. C'est celle des années 1960. D'où cette peur devant des innovations artistiques dont il ne restera peut-être pas grand chose, mais devant lesquelles il faut se montrer tolérant. Surtout quand on se veut aussi politiquement correct...

Pratique

«L'art comme malentendu», de Michel Thévoz, aux Editions de Minuit, 94 pages.

Photo (RTS): Michel Thévoz dans le cadre de la Collection de l'art brut.

Texte intercalaire.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."