Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Les machines à l'arrêt du peintre Sébastien Mettraux

Crédits: Fondation Leenards

Il est né à Vallorbe en 1984, où il «vite et travaille», selon la formule convenue. Voilà qui nous change des artistes ayant un atelier à Los Angeles et invariablement un autre à Berlin! Sébastien Mettraux est un homme du terroir. Le peintre le confirme doublement cette année. D'abord, il a exposé ses grandes toiles sur le thème de la machine industrielle à la gare de la ville, un lieu de transit un peu déchu, du 21 mai au 18 juin. Il fait ensuite aujourd'hui l'objet d'un beau livre toilé (toile bleue) portant autant sur l’œuvre que sur son contexte historique et social. Sur l'homme lui-même, peu de choses en revanche. On sait à quel point, en art contemporain, l'homme ou la femme tend à s'effacer. Il m'a fallu aller sur le site de Sébastien pour en savoir davantage. 

Un aveu. Je n'ai pas vu l'accrochage de Vallorbe. De Mettraux, un ancien élève de l'ECAL, j'ai cependant affronté certaines pièces, dont une fois au Mudac lausannois. Avec lui, il faut en effet avoir pris, au propre, la mesure de l’œuvre. Il s'agit d'immenses peintures. Les trois mètres de large se voient souvent dépassés. La couleur s'y voit posée par aplats, un peu comme chez Thomas Huber. Il n'y a ici pas un seul être humain. Rien que des appareils mécaniques indatables, dont le profane ne sait pas trop à quoi ils servent. Ou servaient. «Sébastien Mettraux ne cherche pas à comprendre le mécanismes de ses monstres d'acier», nous rassure la commissaire Karine Tissot. Dans notre monde post-industriel, la mémoire se perd. Il faut donc ici un historien pour raconter l'importance du travail sur métal à Vallorbe depuis le bas Moyen Age. «C'est sous l'impulsion du prieur Gaufridius qu'une «ferrière» fut érigée sur le territoire vallorbier entre 1284 et 1285», nous apprend ainsi Simon Leresche.

Un univers lisse et froid 

Faire comme Mario Constantini de l’œuvre de Sébastien Mettraux un théâtre de la ruine, «marqueur d'un temps révolu», tient du processus intellectuel. De l'extrapolation. Bien sûr, les machines sont au repos. Mais elles restent rutilantes et l'usine proprette. On peut légitimement supposer que ces appareils sont entretenus, au cas où.. Ici, rien d'apocalyptique, même si cette vision aseptisée finit par générer une certaine angoisse. Il s'agit d'un art inconfortable, dont même l'auteur se fait absent. Rien de plus lisse que ces huiles sur toile, où le tracé du pinceau ne se lit jamais. L'oeil découvre pourtant avant tout des détails dans les reproductions choisies. Trilingue (français-allemand-anglais), ce livre sent à plein nez le graphiste abusif. Une odeur qui, vu la tendance actuelle en matière de mise en page, souligne la froideur de cette création. Un art à la fois étranger et partie prenante à la production contemporaine.

Pratique

«Ex Machina, Sébastien Mettraux», textes de Mario Constantini, Karine Tissot, Laurence Schmidlin, Simon Leresche, Gabriel Dorthe et Jean-Daniel Dessimoz aux Editions Infolio-L'Apage, 104 pages.

Photos (Fondation Leenhards): Sébastien Mettraux, l'homme de Vallorbe.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."