Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Les "écrits esthétiques" de Hodler viennent de se voir réunis

Crédits: DR

Le dessin de couverture montre l'homme assis, l'épaule amplement drapée, écrivant sur un carnet. Son doigt pointé vers le spectateur souligne l'acuité de sa réflexion. Il s'agit indubitablement de l'artiste lui-même. Ferdinand Hodler (1853-1918) s'est auto-portraituré assez souvent pour que le spectateur le reconnaisse à tous les âges de sa vie. L’œuvre graphique, qui remonte à 1886, constitue une étude pour «L'historien».

Le livre dont je vais vous parler s'intitule «Ferdinand Hodler, Ecrits esthétiques». Il s'agit d'un recueil, sorti par Diana Blome et Niklaus Manuel Güdel aux éditions Notari. L'ouvrage se situe dans une collection, initiée en 2016 avec la publication d'un «Hodler érotique». Quelques documents, entourés d'un énorme appareil critique. Dans ce tome II, il en va de même. Les commentaires de Diana Blome et de Niklaus Manuel Güdel (que l'on connaît aussi comme artiste contemporain) l'emportent de très loin en longueur sur les notes rapides du peintre.

Notes éparses 

«Il serait erroné de croire que Ferdinand Hodler fut aussi un écrivain ou qu'il aspirait à une reconnaissance de ses textes», déclarent d'emblée les auteurs. Le peintre écrit pour lui. L'inscription sur papier, dans un style généralement télégraphique, conserve et fixe sa pensée. Ces notations restent cependant éparses. Il faut les chercher dans ses carnets et les fonds d'archives, «La mission de l'artiste» constituant une exception dans la mesure où il s'agissait pour un fois d'une conférence publique. 

Les historiens ont donc dû construire leur volume en se concentrant sur les écrits esthétiques. Ils les ont réunis, puis développés avec des textes explicatifs. L'ordre est plus ou moins chronologique, chaque citation n'étant pas datée ou datable. La lecture commence avec la période de formation. Arrivé à pied dans la Genève de 1874, le Bernois doit tout apprendre. Vient à partir de 1897 «l'élaboration d'une pensée personnelle», la peinture de Hodler trouvant alors ses marques avec un style bien reconnaissable. La troisième partie forme «le temps de la maturité». Après avoir été violemment contesté, l'artiste est devenu célèbre non seulement en Suisse, mais à Vienne ou en Allemagne. Il y a ainsi dans le livre des propos provenant d'un entretien avec une journaliste autrichienne avant sa triomphale exposition à la Sécession en 1904. Il y parle de Klimt.

Commentaire éclairant 

Inutile de préciser que l'ensemble eut été terriblement austère sans la présence constante du commentaire, très clair. Réalisée en partenariat avec les Archives Jura Brüschweiler, qui fut longtemps à Genève le spécialiste du peintre (1), la collection se veut avant tout scientifique. Afin de la rendre (un peu) publique, il a fallu ce travail d'explication et une riche iconographie. En font partie des fac-similés des pages de carnet, parfois au bord de l'illisible. Déjà épais, le bouquin est encore étoffé par la traduction des textes originaux (mais pas des commentaires) en allemand. Indispensable! Il ne faut pas oublier que les chercheurs en matière d'art suisse restent avant tout des Germaniques. C'est sans nul doute le cas pour ceux qui établissent en ce moment le catalogue raisonné de Hodler à l'Institut suisse pour l'étude de l'art. 

Voilà. Il y a donc une nouvelle pierre à l'édifice Hodler, le plus étudié sans doute des artistes helvétiques. Rappelons que l'homme se verra honoré à Genève et à Berne, en 2018, à l'occasion du centenaire de sa mort. Deux expositions sont prévues. J'aurai tout le temps d'y revenir. 

(1) Jura Brüschweiler se proposait déjà, dans les années 1950, d'éditer les écrits esthétiques. Il reste son manuscrit, qui a nourri en partie le livre actuel.

Pratique

«Ferdinand Hodler, Ecrits esthétiques», de Diana Blome & Niklaus Manuel Güdel, aux Editions Notari, 408 pages.

Photo (DR): Un autoportrait de jeunesse. Fragment, bien sûr.

Ce texte est immédiatement suivi d'un autre concernant un livre sur Dubuffet.

Prochaine chronique le dimanche 10 septembre. Une partie de la Collection Hahnloser est présentée par le Kunstmuseum de Berne.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."