Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le catalogue de l'exposition "L'utopie au quotidien" a enfin paru

Crédits: Editions Noir sur blanc

L'univers soviétique «appartient à un temps révolu (...) Ses objets sont devenu des vestiges, aussi hermétiques que ceux des civilisations disparues. Ils sont également trompeurs car, parfois pompeux, souvent désuets, encore plus souvent quelconques, ils ressemblent à ceux de sociétés voisines: a priori même bassines, mêmes jouets, mêmes bottes. Celui qui considère ces objets se retrouve dans la position d'un archéologue.» 

Ces phrases, ou bribes de mots, sont empruntées à l'introduction de l'énorme catalogue de «L'utopie au quotidien». On sait qu'il 'agit là de l'actuelle exposition sur «la vie ordinaire en URSS». Une existence qui va de la mort de Joseph Staline en 1953 à la «perestroïka» de 1985. Le livre suit le même parcours que l'accrochage du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. Il se décompose en trois parties, puis en sections. Peu de grands textes. Avant tout une excellente entrée en matière, signée par la commissaire Lada Umstätter et Geneviève Piron, Rada Landar complétant l'équipe.

Objets seuls et citations littéraires 

Et autrement? Eh bien beaucoup de photographies. L'objet se voit présenté de manière neutre. Il se retrouve la plupart du temps mis en contexte par une citation littéraire, empruntée aux écrivains russes de l'époque. Un énorme travail de recherche. Double même. Il y a d'abord eu la quête d'objets, devenus d'un coup du rebut, par Lada sur place entre 2006 et 2008. Puis celle des extraits, permise par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Il a fallu monter et financer ce second projet, mené à bien entre 2008 à 2011. 

La réussite de cet album tient aussi à la qualité de l'édition. Elle est due à Noir sur Blanc, que dirige Vera Michalski. Une maison qui fêtera dans quelques jours ses 30 ans. Tout cela n'aurait cependant pas été pensable sans une recherche de sponsoring parallèle. Parmi les mécènes se trouve le MEG genevois, ou musée d'ethnographie. Logique! Nombre d'objets reproduits lui appartiennent et c'est à son intention que leur collecte avait été faite il y a maintenant dix ans.

Le bon exemple 

Je terminerai en vous incitant à aller jusque dans le Jura neuchâtelois. «L'utopie au quotidien» constitue l'une des bonnes exposition suisses de ce début d'année. Si j'osais une comparaison (et je vais l'oser), elle représente ce qu'il faut faire, alors que la Révolution russe selon le Landesmuseum de Zurich (voir plus haut dans la file) constitue l'exemple même de ce qu'il convient d'éviter. Vous avez jusqu'au 30 avril pour vous rendre à La Chaux-de-Fonds.

Pratique

«L'utopie au quotidien», Musée des beaux-arts, 33, rue des Musées, La Chaux-de-Fonds, jusqu'au 30 avril. Tél. 032 967 60 77 site www.chaux-de-fonds.ch/musees/mba Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 10h à 17h. L'exposition est complétée par un hommage au photographe Vladimir Sokolaev et par «Soviet Glamour». Le livre est signé par Lada Umstätter et Geneviève Piron avec la collaboration de Rada Lankar. Il a paru aux Editions Noir sur blanc et comporte 440 pages.

Photo (Editions Noir sur blanc): Une basket imaginée pour les Jeux olympiques de Moscou (qui ont subi un sévère boycott occidental) en 1980.

Ce texte intercalaire complète celui sur l'exposition du Landesmuseum de Zurich. 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."