Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le catalogue de l'exposition Ai Weiwei de Lausanne est sorti

Crédits: Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne 2017

En principe, un catalogue est prêt pour le vernissage d'une exposition. Autrement, il ne se vend pas. Un problème se pose cependant lorsqu'il s'agit de montrer des œuvres ou des installations «in situ». Le photographe passe après la mise en place, ce qui retarde les choses. Notons qu'avec l'édition classique, tout peut alors aller très vite. Pierre-Marcel Favre, à Lausanne, vous sortait ainsi un livre dix jours à peine après la mort d'un acteur (ou d'une actrice). 

C'est précisément Lausanne qui vient de livrer, avec un retard nettement plus considérable, son ouvrage sur Ai Weiwei. Le Chinois fait, comme on le sait, l'objet d'une grande rétrospective au Musée cantonal des beaux-arts jusqu'au 28 janvier 2018, «D'ailleurs, c'est toujours les autres». Il s'agit d'un assez grand volume produit par la maison 5Continents. Il comporte bien sûr essentiellement des images, dont les photographes ne se voient guère mis en avant. Elles se voient accompagnées de petits textes simples, destinés aux visiteurs de base. Voilà qui est bien.

Trois essais 

Il fallait cependant une caution intellectuelle. Tout catalogue se doit d'être accompagné de textes scientifiques qu'à peu près personne ne lit. Il y en a ici trois. Directeur du musée, dont le siège actuel fermera juste après la clôture de la rétrospective Ai Weiwei, Bernard Fibicher signe le premier d'entre eux. Il explique Ai par Emmanuel Kant, à moins que ce ne soit le contraire. Le sujet tourne autour des notions de phénomène, d'esthétique universelle et de droits de l'homme, avec un petit détour par cet hymne à l'immobilisme que constitue le confucianisme. 

Bernard Fibicher cite déjà Marcel Duchamp. On ne peut apparemment plus faire sans lui. Cet iconoclaste s'est vu sacralisé. Un comble! Le Français se retrouve donc au cœur de l'essai de Stefan Banz intitulé «Le pendu de porcelaine». C'est la plus ardue des trois dissertations. Le type même de la prose universitaire au kilomètre destinée à bien montrer l'intelligence et la culture de son auteur. Dario Gamboni termine la trilogie. L'homme brosse le «Portrait de l'artiste en iconoclaste». Un thème déjà plus intéressant. Ai, qui peut apparaître comme une chose et son contraire, est un vandale comme le prouve son célèbre triptyque le montrant laissant tomber un vase millénaire qui se brise sur le sol. Mais en même temps l'artiste dénonce tout un pays éliminant au bulldozer des pans de son histoire. On sait que nombre d’œuvres d'Ai, dont certaines se voient du reste présentées à Lausanne, réutilisent des poutres de maison ou même de temples détruits. 

Voilà. Comme tout aujourd'hui, le livre se révèle donc à deux vitesses. Il est même permis à son lecteur d'utiliser la marche arrière. Il est parfois bon de feuilleter.

Pratique 

«Ai Weiwei, D'ailleurs c'est toujours les autres», catalogue d’exposition, ouvrage collectif publié chez 5Continents, 210 pages.

Photo (Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne): Le dragon qui traverse le Musée d'histoire naturelle. L'exposition a en effet investi le Palais de Rumine entier.

Texte intercalaire.

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