Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le bijoutier Gilbert Albert publie ses mémoires "mises à jour"

Crédits: RTS

On apprend tous les jours des choses. J'ignorais qu'une mise à jour puisse aussi constituer en joaillerie un «chanfrein pratiqué à la scie ou à la fraise sous chaque mise en pierre, combiné avec la forme du motif.» Cette définition ouvre les mémoires de Gilbert Albert, aujourd'hui âgé de 87 ans. Un livre destiné à «animer sa retraite». On sait que l'homme a été vilainement sorti des affaires à la suite de ses démêlés avec Majid Pishyar, qui avait racheté son entreprise fin 2010. Pishyar a aussi été président du Servette FC. Il faut toujours faire attention en traitant avec les gens d'argent louvoyant avec le football... 

Le lecteur ne doit pas s'attendre à un texte chronologique, voire même logique. Le bijoutier genevois entend raconter ses histoires, ses portraits, ses succès, ses créations et aussi ses «coups de pied au cul». L'arrière-train doit se révéler sensible. L'expression «coup de pied au cul» revient constamment dans cet album carré paru aux éditions Slatkine, dont le contenu tient souvent du «scrap book». Son auteur y reproduit des lettres, des dessins, des photos et des articles de journaux (dont manquent les sources) entre deux pages de petits textes (1). Ceux-ci règlent un certain nombre comptes. Avec qui, pas facile de le savoir! Gilbert Albert utilise souvent des initiales.

Un homme qui s'est fait seul 

En laissant décanter le tout, le lecteur a fait la connaissance d'un homme qui s'est fait tout seul, et que les autres se seront mis à plusieurs pour défaire. Famille à moitié italienne. Religion pourtant protestante. Un père livreur à «La Suisse», le quotidien disparu pour cause de mégalomanie en 1994. Une mère tenancière d'un bureau de tabac. Des dons évidemment manuels. Une position novatrice dans les années 1950 et 1960, quand le bijou restait encore terriblement traditionnel. De nombreux prix internationaux. Gilbert Albert montrait alors une innovation réelle en combinant matières précieuses et scarabées ou coquillages. Notons que l'homme a l'élégance de ne pas s'en attribuer l'idée. Il a suivi la voie tracée par son professeur A.C Lambert dans les années 1920. 

La suite s'est montrée un peu répétitive. Gilbert Albert s'est coulé dans son propre moule. Il a ouvert à la Corraterie un beau magasin, où le Genevois accueillait aussi des clientes plus modestes. Il y a chez lui un goût réel de démocratiser le bijou d'auteur. L'atelier a prospéré. Il a compté vingt employés. La maison a lancé des succursales. Un certain vieillissement du concept, puis la crise de 2008 lui ont été fataux. Il fallait un repreneur. C'est là que tout a capoté. La Justice s'en est mêlée. Le flamboyant des années 80, qui avait fait (si mes souvenirs sont bons), tirer pour son anniversaire un feu d'artifice dans la Rade, s'est retrouvé dépossédé. Il fallait des «mises à jour».

Aucune abdication 

Le résultat, où figure même son certificat de capacité ou sa carte d'identité pour le personnel sanitaire et religieux, frôle par instant l'art brut. Normal quand on n'a pas l'intention d'arrondir les angles. Il faut dire que Gilbert Albert a son (mauvais) caractère. Celui-ci le pousse à ne pas abdiquer. Son médecin assure qu'il faudra l'achever au canon. La dernière phrase des «Remerciements» précise ainsi que «je peins, crée, écris, sculpte et lis tous les jours et toutes les nuits.» 

(1) Les textes se répètent un peu. Il me semble avoir lu plusieurs fois certaines histoires.

Pratique

«Gilbert Albert, Mémoires mises à jour...» aux Editions Slatkine, 193 pages.

Photo (RTS): Un portrait de Gilbert Albert au temps de sa gloire.

Texte intercalaire.

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