Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/L'historienne de l'art suisse Valentina Anker sort ses mémoires

Crédits: Nouvelles.ch

Comme le temps passe... Vient le moment où il faut dresser le bilan. C'est l'exercice que s'impose Valentina Anker avec «Valentina te souviens-tu des cerises?». Sous ce drôle de titre se cachent en effet les souvenirs de l'historienne de l'art suisse, dont la dernière exposition en date (accompagnée d'un catalogue édité en quatre langues) remonte à 2014. Il s'agit de «Mythes et mystères: Le symbolisme et les artistes suisses», une réussite, qui a successivement eu lieu à Berne et à Lugano. 

L'ouvrage possède d'abord un caractère familial. Valentina l'a dédié à son fils et à ses petits-enfants. Le lecteur extérieur y trouvera néanmoins de nombreux renseignements, qui le ramèneront vite à une autre époque. L'univers des musées a énormément changé depuis les années 1960. Non seulement le personnel en est autre, mais les modes de faire se sont retrouvés bouleversés. Compliqués, surtout. Impossible apparemment, de nos jours, de décider d'une manifestation sur une impulsion et de la matérialiser en quelques semaines. Tout se retrouve englué sous le poids d'équipes trop nombreuses et surtout d'une administration tentaculaire. Sauf dans quelques petites entités, encore préservées, Genève se montre très forte dans ces deux domaines! Devenir assistant à l'université n'offre par ailleurs plus cette belle simplicité...

Une triple déperdition 

Le livre n'est du coup pas que le récit d'une vie, commencée à Padoue juste avant que l'Italie entre en guerre. Il devient celui de trois déperditions. Celle du temps, tout d'abord, qui a mené une jeune fille de bonne famille à ne pas faire le beau mariage envisageable en Italie dans les années 1960 pour devenir une exilée volontaire en Suisse. Celle d'un monde de l'art aujourd'hui disparu, Valentina ayant aussi bien travaillé avec le Genevois Robert Hainard qu'avec Max Bill. Celle enfin d'un univers à l'échelle humaine, où la campagne gardait son rôle à côté de la ville. Sa vieille maison de Bernex s'est d'ailleurs symboliquement retrouvée cernée par les immeubles modernes. 

Au fil des pages, remplies par l'humeur vagabonde de l'auteure, le lecteur d'un certain âge retrouvera ainsi beaucoup de noms, dont l'éclat s'est terni. Il est bien sûr longuement question des artistes sur lesquels Valentina a beaucoup travaillé, que ce soit Alexandre Calame ou Auguste Baud-Bovy. Si l'on apprend l'épisode soviétique (plutôt aventureux) de l'existence de l'historienne, d'autres époques restent passées sous silence. Il n'est par exemple pas question de son passage au Getty Center for the History of Art de Los Angeles, où elle avoue dans la conversation s'être beaucoup ennuyée. «J'écris ce texte au soir de ma vie», dit la femme à la dernière page. Il y a là de la tristesse. De la sagesse aussi. Les dés sont jetés. Il n'y aura pas de nouveau jeu.

Pratique 

«Valentina, te souviens-tu des cerises?», de Valentina Anker, aux Editions Slatkine, 228 pages.

Photo (Nouvelles.ch): Valentina Anker en 2014.

Texte intercalaire.

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