Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/L'Africain du Sud William Kentridge est noir et blanc à Bruges

Crédits: Site de la Ville de Bruges

Quand on parle d'artistes d'Afrique du Sud, deux noms viennent immédiatement à l'esprit. Ce sont des noms Blancs, si je puis dire. Il s'agit de Marlene Dumas (1), qui a depuis longtemps émigré aux Pays-Bas, et de William Kentridge, demeuré sur place. Ce dernier a plusieurs fois été présent à Paris. Je citerai la projection de ses incroyables films d'animation au Jeu de Paume et la récente manifestation globale sur l'Afrique de la Fondation Vuitton, où cet homme aujourd'hui âgé de 62 ans disposait d'un espace considérable. 

Kentridge reste pour quelques jours encore la vedette de la Triennale d'art contemporain de Bruges, en Belgique flamande. Créée en 2015, cette manifestation ne s'imposait pas vraiment. Il existe déjà trop de choses de ce genre pour recevoir aujourd'hui un écho autre que local. Mais ce haut-lieu touristique entendait bien montrer au monde qu'il n'était pas seulement une ville-musée. La cité avait du reste déjà opéré des tentatives afin de le prouver. Bref. C'est là que Kentridge propose son «Smoke, Ashes, Fable» jusqu'au 25 février.

Conscience politique aiguë 

Il existe une version française du catalogue, éditée par Actes Sud. Un bel ouvrage sur un beau papier. Mat, et donc dépourvu du désagréable effet miroitant du glacé. Il fallait bien cela pour mettre en valeur un art multiforme, développé par un créateur pourvu par tradition familiale (mère avocate, père juriste, ancêtres rabbins) d'une conscience politique aiguë. Comme l'expliquent les quatre auteurs de cet ouvrage placé sous la direction de Margaret K. Koerner, la manière de Kentridge ne pouvait se révéler que figurative. Il s'agissait pour lui de montrer, même si c'est par le mode allégorique, la situation au pays de l'apartheid et dans les années qui ont suivi son abrogation. L'art de Kentridge semblait du coup voué au noir et blanc. Le catalogue le rapproche du coup du dessin flamand du XVe siècle et de la gravure de Goya. 

L'ouvrage se révèle bien fait, mais il s'adresse à ceux qui savent déjà beaucoup de choses. La barre se trouve mise très haut. Il s'agit en plus du support à une exposition que le lecteur français (ou suisse romand) ne verra sans doute pas. Elle a pris symboliquement place dans l'ancien Hôpital Saint-Jean, qui remonte au XIe siècle et que l'on connaît pour ses tableaux peints par Hans Memling quatre cent ans plus tard. Le fait de ne pas être, ou de ne pas avoir été là gêne un peu la lecture, en dépit de la qualité des reproductions. Il n'en demeure pas moins que Kentridge, peu ou pas montré en Suisse, constitue un créateur majeur. 

(1) Notons que la manière de Marlene Dumas est également figurative et quasi monochrome.

Pratique

«Smoke, Ashes, Fable, William Kentridge in Bruges», sous la direction de Margaret K. Koerner, aux Editions Actes Sud, 218 pages.

Photo (Site de la Ville de Bruges): William Kentridge devant un mur couvert de ses dessins.

Texte intercalaire.

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