Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Joëlle Kuntz étudie l'architecture de la Genève internationale

Crédits: Ville de Genève

Coup de cœur? Coup de chance? Coup de poker? Genève est devenue une ville internationale en 1919 avec la bénédiction du président américain Woodrow Wilson. La cité s'est aussitôt mise en quatre afin de ne pas démériter. «Les perspectives qui s'offrent à nous sont à la fois lumineuses et chargées de responsabilités», déclarait alors le président du Grand Conseil. Il fallait loger dignement la Sociétés des Nations (SDN), ce qui prendra du temps, et construire un aéroport. Une décision pionnière. Les travaux de Kloten, près de Zurich, ne commenceront qu'en 1946. 

La SDN connaîtra une vie brève. Elle aura à peine inauguré le palais, construit pour elle dans la douleur, qu'il lui faudra disparaître avec la guerre. C'est là l'une des histoires que raconte Joëlle Kuntz (1) dans «Genève internationale, 100 ans d'architecture». Le livre constitue un florilège. L'ancienne journaliste a choisi une quinzaine de bâtiments. «Les plus importants parmi les centaines qui abritent les organisations internationales, les organisations non gouvernementales et les missions diplomatiques». Le propos est clair. Il ne s'agit pas de faire de la politique, mais de raconter la genèse et l'évolution d'édifices publics. L'auteure est demeurée libre de ses choix. Le lecteur attentif découvrira pourtant dans les «Remerciements», tout à la fin du volume, la phrase suivante. «Ce livre est né du souhait du département présidentiel de faire connaître l'histoire et la valeur des bâtiments de que qu'on désigne désormais comme le Jardin des Nations.» De là à dire qu'il s'agit d'un ouvrage de commande, il n'y a qu'un pas.

Un ton très neutre 

Dans ces conditions, Joëlle Kuntz se montre toujours à l'image de la Suisse: neutre. Pas de commentaires de sa part, si ce n'est favorable. Quand il y a un avis discordant, il émane d'une autre personne et se retrouve mis entre guillemets. Dieu sait s'il y a pourtant eu des polémiques! Elles ont autant tenu au terrain abandonné pour se voir vérolé d'édifices à l'architecture parfois médiocre (soyons gentils!) qu'à la présence mal sentie de ce que mes parents appelaient «les internationaux». Ne les confondez surtout pas avec les travailleurs étrangers ou les migrants! Il s’agissait pour eux de gens parachutés à Genève et coupables d'occuper des logements sans payer d'impôts. L'architecte cantonal Francesco Della Casa parle en postface de «fracture», ce qui sonne évidemment mieux. 

Cela dit, l'ouvrage se révèle très correctement fait, même si les photos de Luca Fascini n'ont rien d'extraordinaire. Joëlle Kuntz est bien sûr partie du Palais des Nations, édifié par trois architectes dont on avait mélangé les projets en éliminant celui du Corbusier. Difficile de faire sans. Elle traite ensuite de l'Union internationale des télécommunications comme de l'Organisation internationale du Travail, du Musée de la Croix-Rouge ou du Cern. La pointe qualitative, pour ce qui est de l'art de bâtir, est atteinte avec l'Organisation météorologique mondiale. Elle excuse l'imprécision de la météo. L'ouvrage le plus récent traité demeure la Maison de la Paix avec ses «six pétales de verre» d'Eric Ott. Le texte se termine avec la perspective 2019. Le centenaire. Cela s'appelle «Genève assise» Assise sur quoi, au fait? J'avoue que je ne sais pas trop.

Pratique

«Genève internationale, 100 ans architecture», de Joëlle Kuntz, aux Editions Slatkine, 221 pages.

(1) Joëlle Kuntz a obtenu en 2006 une très gros succès de librairie avec "L'histoire suisse en un clin d'oeil", paru chez Zoé.

Photo (Ville de Genève): Le récent plafond de Miquel Barcelò au Palais des Nations.

Prochaine chronique le lundi 13 novembre. A-t-on encore le droit de parler d'autre chose que d'art contemporain?

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."