Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/J.R réunit les images de son projet de photos "Inside Out"

Crédits: Joël Saget/AFP

Tout le monde connaît J.R. Pas celui du feuilleton TV «Dallas», qui a connu un succès incroyable (et pour tout dire fort peu mérité) dans les années 1980. Non. Je vous parle de Jean René, le photographe. L'homme aura bientôt répandu sur la Planète entière ses grandes photos en noir et blanc, ou celles de autres. Pour en rester à notre petite planète romande, je rappellerai que J.R a recouvert les murs extérieurs du Musée Rath en 2008. Les tirages s'étaient assez vite décollés. Ils avaient mieux tenu lors des éditions de 2010 et de 2012 d'«Images» à Vevey. Pour tout dire, dans la petite ville lémanique, l'observateur attentif en voyait encore des bouts plusieurs années après. 

JR sort aujourd'hui un livre sur son grand projet «Inside Out», qui l'occupe depuis 2011. Il entre dans ses idées de donner une visibilité aux gens n'en ayant pas en temps ordinaire. Il ne s'agit pourtant pas d'exhibitionnisme. Les personnes affichant leur visage en public le font pour une cause, généralement sociale. Il y a toujours un côté bien pensant chez J.R. Rien ne reflète davantage la morale officielle d'aujourd'hui que de défendre les Noirs américains victimes de la violence policière, d'offrir «un visage et une histoire à ceux que l'on nomme les réfugiés» ou de parler des la situation des aînés abandonnés dans une ville comme Birmingham.

Un voeu 

Que s'est-il donc passé en 2011? J.R a reçu le Prix TED. Ce dernier suppose de formuler un vœu «qui changera le monde». L'artiste a alors pensé à multiplier son action en déléguant sa confection à ceux qui en ont besoin. «Je m'inscris dans une tradition où les artistes partagent leur vision avec d'autres pour que ceux-ci la reprennent à leur compte, se l'approprient en l'adaptant à leur propre contexte.» Le livre montre donc le résultat de la Tunisie, point de départ, jusqu'à Washington, Maracaibo , Baltimore, Shanghai ou Lisbonne. Le lecteur, ou plutôt le regardeur, ne découvre cependant pas les images d'eux-mêmes prises par les gens. Il voit le résultat de leur œuvre commune. Tout un mur. Tout un toit. Toute une rue. Toute une église, si l'on considère comme telle le Panthéon parisien où l'intervention a concerné aussi bien le sol que la coupole en restauration. 

«JR, Inside Out» offre donc au public une somme de réalisations. Certains les trouveront nécessaires. D'autres un brin démagogiques. A chacun son credo. L'ouvrage se révèle à part cela bien fait. Il reflète parfaitement le graphisme actuel, avec ses tics et ses manies. Il s'adresse visiblement à un public jeune. Un détail ne trompe pas. Le texte est en caractères minuscules. A partir d'un certain âge, voilà une chose qui crée bien des problèmes!

Pratique

«JR, Inside Out», ouvrage collectif aux Editions Actes Sud, 255 pages.

Photo (Joël Saget/AFP): J:R: sur fond de photos.

Ce texte est suivi par deux autres critiques de livres.

Prochaine chronique le mardi 20 février. Livre toujours. La galerie Andata Ritorno de Genève publie un album pour sa 300e exposition.

 

 

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