Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/"Home" montre en photos la métamorphose de Beausobre à Morges

Crédits: Editions Slatkine/Couverture du livre

C'est une affaire exemplaire. Je ne veux pas dire par là qu'elle se termine bien. Il s'agit plutôt du cas-type. Tout commence par un décès. En 1977, Nelty de Beausobre s'éteint à Morges à 90 ans. C'était, avec la disparition de cette descendante d'une famille huguenote installée pile quatre siècles plus tôt en Pays de Vaud, la fin d'un domaine rempli d'arbres centenaires. Elle l'avait offert dès 1959 avec sa sœur Germaine à la Fondation de l'Hôpital et à la paroisse réformée. Un ensemble scolaire y avait déjà vu le jour, ainsi qu'un théâtre et un pôle culturel. Autant dire que les lieux avaient déjà été solidement entamés. 

Nelty de Beausobre avait exprimé le vœu d'une fondation pour personnes âgées. L'affaire a visiblement pris du temps. C'est au bout de trente ans qu'un concours d'architectes est lancé pour la construction d'un EMS. La chose supposait un véritable massacre d'arbres magnifiques, comme il n'en poussera plus. Cent-vingt en tout. Fallait-il consentir à ce sacrifice dans Morges, qui se trouve aujourd'hui en plein centre de la «côte de béton» qui part de Genève pour arriver quatre-vingt dix kilomètres plus loin à Montreux?

Perte et gain 

La réponse a bien entendu été oui. Dans un pays où la population augmente vertigineusement (5,3 millions d'habitants en 1960, 8,4 en 2016), chaque mètre carré se doit d'être utilisé, c'est à dire souvent employé pour la construction. La «forêt enchantée» allait disparaître. Il est d'ailleurs étonnant de constater que chaque fois qu'on assiste chez nous à un massacre végétal, on loge précisément là des enfants, des vieillards ou des malades. Je veux bien qu'il y ait ici un souhait précis, mais la coïncidence me fait penser à une concertation. C'est le meilleur moyen d'empêcher toute protestation au nom de la solidarité. 

La mort et la renaissance de Beausobre ont été documentées sur plusieurs années par Aline Kundig. La photographe genevoise a enregistré l'état antérieur, l'abattage, les fondations et l'installation des premiers pensionnaires, comme il se doit heureux et souriants car entourés d'enfants. Bien sûr, dans sa préface, François Jacot-Descombes pose la question: «Où est la perte, où est le gain?» Il est néanmoins visible que «la sève de demain» doit l'emporter. Le livre porte à la dernière page l'estampille de l'Ensemble hospitalier de la Côte. Il s'agit donc d'un ouvrage justificatif. D'un plaidoyer.

Texte gnangnan 

Les photos sont souvent belles. La mise en page plutôt soignée. Le point faible reste le texte faussement poétique de Nathalie Chaix. Il se révèle à la fois gnangnan et moralisant. C'est de l'anti-écologie vue par Bisounours. Je perçois en tout cas la chose ainsi. Il faut dire que j'aime beaucoup les grands arbres, qui se font toujours plus rares en Suisse romande. On ne cesse d'en couper pour mieux nous protéger de leur chute. Les chiens qu'on veut noyer ont toujours la rage, tout le monde sait cela depuis Jean de La Fontaine...

Pratique 

«Home», photographies d'Aline Kundig, textes de Nathalie Chaix, préface de François Jacot-Descombes aux Editions Slatkine, 128 pages.

Photo (Editions Slatkine): La couvrture du livre, avec une marque sur un arbre destiné à se voir abattu.

Texte intercalaire.

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