Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Allia ressort "L'histoire de Lapin Tur" de Niele Toroni. Minimal!

Crédits: DR

Quatorze centimètres sur neuf. Quatre millimètres d'épaisseur. C'est vraiment un tout petit livre. Notez que cela n'a rien d'étonnant de la part des éditions Allia. Fondées en 1982 par Gérard Berréby, ces dernières se sont spécialisées dans les textes courts. Anciens et nouveaux. La réimpression d' «introuvables» souvent pointus forme en une des caractéristiques de cette maison très aimée des libraires comme il faut. Il posent ces ouvrages bon marché (celui dont je vais vous parler coûte 2 euros 80) à côté de la caisse. C'est un peu comme les barres de chocolat dans les supermarchés. Allez hop! Vous en ajoutez un (ou deux) à votre corbeille. Notez qu'à Genève Le Rameau d'or, dont le vous recommande la fréquentation, a toujours une petite table Allia. Il s'agit tout de même d'un produit de prestige. 

Il y a quelque temps, Allia a donc repris «L'histoire de Lapin Tur» de Niele Toroni, remontant à 1984. Vous connaissez Toroni, bien sûr! Ce Tessinois de Muralto, qui fête ses 80 ans en 2017, vit à Paris depuis 1959. C'est là qu'il a cofondé BMPT. Il forme le T du groupe, à la convergence entre l'art minimal et le conceptuel. B est Daniel Buren. M Olivier Mosset. Le P recouvre le moins célèbre Michel Parmentier. Le truc de Toroni était de donner un coup de pinceau No50 tous les trente centimètres sur son support blanc, un peu comme s'il s'agissait d'un papier peint. Il n'a jamais dévié depuis de cette ligne étroite, qui lui permet cependant de varier les couleurs. Une exposition au Musée d'art moderne de la Ville de Paris est encore venu le rappeler en 2016.

La fausse mort de la peinture 

Il n'en s'agit pas moins de peinture! Or, au moment où il rédigeait cette courte fable, dont il reprend l'idée d'animaux humanisés, cette dernière passait pour davantage que simplement dépassée. Elle était morte. Toroni s'est moqué de cet avis de décès en multipliant les jeux de mots, parfois d'un goût pipi-caca. C'est une plaisanterie. Une cabriole. Un pied-de-nez. L'histoire finit par une pendaison, mais on sait que la peinture est de nos jours ressuscitée. Il suffisait pour s'en persuader de hanter il y a quelques jours les stand d'Art/Basel. Des tableaux, des tableaux, des tableaux... 

Le texte se révélant par trop court, Allia lui en a ajouté un autre, plus ancien. C'est «L'histoire d'une couleur» de Georg Simmel, qui date de 1904. Sachez juste que cette teinte, innommable et du reste innomée, s'appelle pour la commodité du récit le Grülp. 

N.B. Parmi les ouvrages parus plus ou moins récemment chez Allia, je signalerai un roman, «Les souhaits ridicules» de Pauline Klein.

Pratique

«L'histoire de Lapin Tur» de Niele Toroni, aux Editions Allia, 22 pages en tout.

Photo (DR): Quelques-uns des lapins ornant la couverture.

Texte intercalaire.

 

 

 

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