Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Livre. Marc Roche revient une nouvelle fois à Elizabeth II avec "Elle ne voulait pas être reine"

Ce n'est pas une biographie. L'ex- journaliste du "Monde" montre comment fonctionne le système Buckingham, géré d'une main de fer par la souveraine devenue icône.

La couverture du livre. La reine se reconnaît même de dos.

Crédits: Albin Michel, DR.

Mais oui! Encore! Ancien correspondant du «Monde» à Londres (il a aussi travaillé pour la «Tribune de Genève»), Marc Roche signe son cinquième ou sixième livre sur Elizabeth II. Tous ne figurent pas dans sa bibliographie en fin de volume, qui se limite à «Diana, Une fin annoncée» (2006), «Elizabeth II, La dernière reine» (2007) ou «Un ménage à trois» sur Diana, Charles et Camilla en 2009. A ainsi notamment passé à la trappe «Elizabeth II, Une vie, un règne» de 2012. Voilà qui dénote de la suite dans les idées, même si le fait d’être journaliste à Londres suppose d’avoir un regard pour Buckingham, dont l’Elysée parisien constitue à certains égards un sous-produit.

Je vous ai parlé en avril du «look» de Sa Majesté pour marquer ses 94 ans. L’ouvrage actuel y consacre un court chapitre à la fin, comme à regret. Il est question au détour d’une phrase des collections de la reine, qui ne lui appartiennent aujourd’hui plus en propre. L’essentiel de cette mise à jour des versions précédentes, pour parler comme un ordinateur, concerne donc la famille et la politique. Nous ne sommes pas avec Marc Roche dans les frivolités. Les deux choses peuvent du reste se rejoindre. La disparition, par ailleurs volontaire, de Meghan et Harry début 2020 marque ainsi l’échec d’une tribu royale multi-culturelle. Certains parleront de racisme, même si la duchesse de Sussex ne semble pas être une personne facile. Il existe aujourd’hui pour l’auteur deux Angleterre presque antagonistes. L’une est urbaine, aisée et ouverte au monde. L’autre modeste, traditionnelle et rurale. C’est la seconde qui constitue le socle de la popularité de la souveraine. Elle coïncide comme par hasard avec les comtés ayant voté le Brexit en 2016.

"Corrosif"

Ne vous attendez à aucune révélation sensationnelle dans le livre, que «Le Soir» de Bruxelles a bien entendu qualifié de «corrosif». Ne transpire du palais que ce que la reine veut bien. Or celle-ci cultive autant le secret que le protocole. Personne ne lira jamais le journal intime qu’elle rédige chaque soir. Nul ne sait ainsi ce qui se dit dans les séances hebdomadaires avec ses premiers ministres. L’un d’eux, James Callaghan, a quand même avoué qu’elles ressemblaient à des séances de psychanalyse. La reine ne lâche jamais le morceau, Il semble du reste à Marc Roche que son influence politique va grandissant avec les décennies. Normal, après tout! La jeune femme timide et inexpérimentée de 1952 s’est muée en gardienne de la mémoire de toutes les boîtes rouges contenant les documents secrets mis à sa disposition depuis soixante-huit ans.

Marc Roche. Photo Babelio.

Aucun secret d’alcôve donc. «The Crown», comme le rappelle Marc Roche, reste en bonne partie une fiction feuilletonesque. Avec le problème que la chose soulèverait dans d’autres pays. Comment ose-t-on inventer en partie la vie d’une femme non seulement vivante, mais à la tête d’un Etat?

Pratique

«Elle ne voulait pas être reine», de Marc Roche aux Editions Albin Michel, 347pages.

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