Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Italie laisse ses librairies ouvertes partout et les galeries là où c'est encore possible

Dans la bataille des librairies qui fait rage en Europe, le ministre de la Culture Dario Francheschini a gagné cette manche. Il avait perdu celle des musées, qui ont fermé.

Dario Francheschini, 62 ans, pour la troisième fois ministre de la culture.

Crédits: DR.

«Un coro unanime di ringraziamenti al governo e al ministro Dario Francheschini.» Je ne pense pas qu’une traduction s’impose vraiment. Les éditeurs et libraires italiens se félicitent de la décision prise de laisser ouverts dans le pays les magasins vendant des livres. Et ceci même dans les zones rouges. La branche salue les efforts du Ministre de la culture et du tourisme, puisque les deux choses se voient souvent accolées dans la Péninsule. «Francheschini a toujours été très attentif aux exigences d’un univers dont le rôle est maintenant de fournir à la fois consolation et évasion.» Je tire ces propos de la version quotidienne en ligne de «Il Giornale dell’arte».

Franceschini est aussi un romancier coté et traduit. Et pas chez n'importe qui! L'Arpenteur, c'est très chic. Photo L'Arpenteur, Paris 2020.

La bataille du livre fait en effet rage en Europe, à l’heure de la seconde vague et des restrictions aux libertés individuelles qui ont suivi. En France, la nouvelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot (1) a perdu son combat contre le président Emmanuel Macron. Un homme qui a beaucoup choqué en n’ayant pas un seul mot pour les besoins de spectacle, le livre ou les musées lors de son discours du 27 octobre. Un homme qui semble condamner sans états d’âme le petit commerce au profit d’Amazon. En Belgique, pays pourtant très touché, les librairies sont restées ouvertes. En Espagne aussi, la culture constituant un «bien essentiel» en Catalogne. On sait que cette fois aussi Genève, qui garde pourtant l’œil rivé sur Paris, a maintenu la vente de livres et revues dans des commerces spécialisés.

Galeries en zone verte

Si Genève a théoriquement fermé les galeries d’art (il suffit en fait de prendre rendez-vous avec leur propriétaire qui vous recevra en fermant la porte à clef derrière vous), Dario Francheschini a en outre obtenu leur maintien. Mais seulement dans les zones vertes, le pays ressemblant désormais à un sémaphore. Il avait en revanche échoué auparavant à maintenir l’accès aux musées. L’Italie s’est montrée maladroite en les bouclant le 4 novembre dans tout le pays. «Elle insinuait ainsi qu’ils sont moins importants, et surtout moins à risques, que les coiffeurs et les esthéticiennes», déclarait alors perfidement «Il Giornale dell’arte».

La chapelle du XIXe condamnée à Lille par Roselyne Bachelot. Premier faux-pas. Photo "La Gazette du patrimoine".

Reste encore au ministre à obtenir des sous. Après le premier confinement, son enveloppe culturo-touristique se montait à 9 milliards d’euros. Il lui faudra une grosse rallonge. Mais, si j’ai bien compris, tout le monde semble l’admettre dans le gouvernement Giuseppe Conte. Il y a aussi une chose qui compte. En France, Roselyne Bachelot n’occupe en dépit de sa personnalité qu’un strapontin. C’est «Roselyne et les lions», pour reprendre le titre le titre d’un vieux film de Jean-Jacques Beineix. En Italie, où il a plusieurs fois été aux manettes de la culture, Dario Francheschini constitue une star médiatique.

(1) La ministre a par ailleurs fait son premier faux pas. En refusant de classer, et donc de sauver, une chapelle de la fin du XIXe siècle promise à la pioche dans l'université catholique de Lille afin de permettre une opération immobilière, elle a raté le coche. On peut penser ce que l’on veut de cette bâtisse néo-gothique. La laisser abattre en pleine campagne contre l’islamisme violent constitue une erreur politique. Ce laisser-faire donne des ailes aux promoteurs. Il faut enfin penser au patrimoine du XIXe siècle!

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