Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Lionel Latham présente à Genève l'orfèvre contemporaine Barbara Amstutz

L'Alémanique martèle ses pièces d'argent, mais aussi de cuivre. Un énorme travail épuré, d'un goût alémanique. Elle reçoit son exposition en galerie jusqu'à la mi-décembre.

Deux bouteille en argent.

Crédits: Site de Barbara Amstutz.

Lionel Latham s'est longtemps dit le galeriste des arts décoratifs du XXe siècle. Avec une focalisation sur la Suisse. Le Genevois d'adoption a évolué avec le temps. Il se passionne aussi, et parfois même en priorité, pour les artisans du XXIe siècle. Des gens restés fidèle à la pièce unique, ou à la toute petite série. On a vu chez lui aussi bien les objets tournés par Jérôme Blanc que les meubles d'Yves Boucard ou les verres gravés par Françoise Bolli.

L'an dernier à Palexpo, Lionel présentait quelques pièces d'orfèvrerie contemporaine dans le cadre du PAD (1). Elles étaient signées par Barbara Amstutz. L'Alémanique revient aujourd'hui en force chez lui, rue de la Corraterie. Elle y présente des pièces forgées dans le métal. L'argent, mais aussi le cuivre. Ou le laiton. Un superbe travail sur la matière, travaillée au corps. Il faut imaginer dernière ces pichets, ces bols ou ces plats un énorme effort au marteau pour que le support adopte la forme voulue. Presque rien de symétrique chez Barbara. Des récipients un peu penchés. Des bols aux nombreuses facettes irrégulières, presque expressionnistes. Avec des parois souvent différentes entre elles. Un côté lisse, un côté mat. Ou alors des formes cristallisées, dues à l'oxydation.

Graveuse à l'origine

Comme bien des artistes actuels, Barbara Amstutz reste très discrète sur elle-même. Si son site contient une liste exhaustive des expositions auxquelles elle a participé depuis les origines, vous n’avez ainsi ni date, ni lieu de naissance. Je sais juste, par Lionel Latham, qu'elle a débuté sa carrière comme graveuse. Il lui en reste quelque chose. Les pièces les plus anciennes proposées aujourd'hui se composent de de trois larges coupes d'argent fermées par une plaque d'acier. Cet acier a été gravé en tenant compte des ondes crées par du sable. Il y a du reste, aux murs juste au dessus d'elles, une épreuve des estampes créées d'après ces couvercles, qui sont aussi des matrices.

L'ensemble possède quelque chose d'assez strict. D'un peu froid. Nous sommes typiquement avec l'orfèvre dans un goût que l'on peut qualifier d'alémanique. Des formes simples. Une préciosité sans ostentation. Une quasi absence de couleurs. Une modernité assumée, même si l'ensemble se situe dans le cadre de la tradition perpétuée. Les objets gagnent à se voir regroupés, au moins par deux, afin de ne pas apparaître isolés. Les acheteurs semblent du coup priés de faire coup double. Il leur suffira ensuite de se montrer soigneux. Chez Lionel Latham, on ne touche qu’avec des gants blancs. Un geste qui apparaît du coup dénué de sensualité.

(1) Je rappelle qu'il n'y aura plus de PAD en janvier 2020.

Pratique

«Barbara Amstutz», galerie Lionel Latham, 22, rue de la Corraterie, Genève, jusqu’au 14 décembre. Tél. 022 310 10 77, site www.galerie-latham.com Ouvert mercredi, jeudi et vendredi de 13h30 à 18h30, le samedi de 11h à 13h et de 14h $ 17h.

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