Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Intesa Sanpaolo ouvrira un quatrième lieu d'exposition à Turin courant 2022

Le Palazzo Turinetti di Pertengo se reconvertit en temple de la photographie. Un art qui reste assez méprisé en Italie. Il y aura 3000 mètres carrés de salles à disposition.

La piazza San Carlo. Le palais se trouve derrière la statue.

Crédits: DR

Et de quatre! L’Intesa Sanpaolo, dont je vous parle souvent après un voyage en Italie, ouvrira en 2022 un nouveau siège muséal. Après Vicence, Naples et Milan, le conglomérat bancaire le plus puissant du pays va s’installer à Turin. Notez que la chose peut sembler logique. Piémontaise au départ, l’institution été fondée en 1563 dans cette cité. Le lieu prévu peut du reste se voir qualifié d’historique, même s’il ne s’agit pas du bâtiment originel. C’est un côté de la piazza San Carlo. Celui où se trouve le palazzo Turinetti di Partengo. Un édifice que ne signale de l’extérieur aucune architecture spéciale. Toute la place possède les mêmes façades à arcades.

Là, comme l’explique «Il Giornale dell’arte» de janvier, se trouveront dans deux ans des galeries d’exposition. L’Intesa voit grand. Très grand, même. Il y aura là 6000 mètres carrés de planchers, dont la moité se verra vouée à des présentations temporaires. Pour vous donner une idée, ces dernières seront trois fois plus volumineuses que celles du MEG (ou musée d’ethnographie) genevois actuel. La direction culturelle de la banque entend donner une spécificité à ces manifestations. Elles tourneront majoritairement autour de la photographie. Il faut dire que le 8e art reste prétérité chez nos voisins. Le musée que Florence lui dédiait en partant des collections de l’Agence Alinari (collections récemment rachetées par l’Etat après de sordides marchandages) a ainsi fermé il y a quelques années pour laisser place au Museo del Novecento (1).

Trouver du public

Les manifestations se verront bien sûr dédiées aux grands noms d’hier et d’aujourd’hui. L’objectif de l’Intesa est de créer un pôle national de référence. Des coproductions avec l’étranger sont prévues. Notons cependant que l’image documentaire aura également ses droits. L’Intesa vient du reste de racheter les sept millions de clichés de l’Archivio Publifoto, qui vont des années 1930 aux années 1990. Le grand problème demeurera de faire venir des visiteurs. La ville est excentrée. Appauvrie. Les magasins et les hôtels tendent à y fermer, comme je viens d’en faire l’expérience. Il faut aussi dire, en ce qui concerne le tourisme culturel, que les lieux temporaires manquent, le Castello di Rivoli se situant déjà dans une autre ville. Le rez-de-chaussée du Palazzo Reale est un désastre. Les splendides appartements baroques du Palazzo Madama ne conviennent pas à tout. L’actuelle rétrospective Andrea Mantegna, dont je vous parlerai bientôt, semble ainsi égarée sous les stucs dorés et les plafonds à thèmes galants.

L’Intesa San Paolo compte cependant déjà trois réussites à son actif. En 2019, les trois sièges ont accueilli plus d’un demi million de visiteurs. Le succès critique s’est parallèlement révélé énorme. L’actuelle exposition Canova-Thorvaldsen de Milan (visible jusqu’au15 mars) vient de se voir classée parmi les meilleures, voire comme la meilleure présentation de l’année par les cent personnalités du monde de l’art invitées à s'exprimer dans le même numéro du «Giornale dell’arte» de janvier. Un beau succès pour ce qui reste une initiative privée moins mégalomane et égotiste que celles de messieurs Arnault et Pinault. Cela dit, mieux vaut être visiteur qu’employé chez Intesa. Si celle-ci multiplie les initiatives culturelles, elle licencie aussi à tour de bras.

(1) Le Museo del Novecento constitue par ailleurs une bonne adresse, piazza Santa Maria Novella.

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