Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'ICOM n'a pas adopté sa définition politiquement culturelle des musées

La délibération a tourné court à Kyoto le 7 septembre. Menée par la France, la fronde a abouti à l'ajournement de la votation. La bataille des Anciens et des Modernes annoncée n'a pas eu lieu.

Jette Sandahl, la femme par qui tous les débats sont arrivé.

Crédits: Youtube

Ouf! Réunie à Kyoto, l'ICOM n'a pas adopté la nouvelle définition croquignolesque proposée pour qualifier ce que doit devenir à l'avenir une institution muséale. Regroupant 124 pays, cette organisation faîtière ne l'a pas repoussée non plus. Le projet n'a tout simplement pas été mis au vote, à la demande de la France, suivie par une majorité de participants. Il se voit donc repoussé d'un an au pire, ou au mieux à la saint glinglin.

Je vous rappelle les faits, qui avaient fait l'objet d'une de mes chroniques le 5 août (https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/organisation-faitiere-licom-veut-aujourdhui-modifier-les-buts-et-les-regles-des-musees). Il existait jusqu'ici une définition bête comme chou du musée, dans laquelle tout le monde pouvait se reconnaître. C'était compter sans l'assaut des modernistes, pour qui les idées de collection, de contemplation ou de travail scientifique semblent obsolète. Selon eux, le musée doit cesser d'être une sorte de temple, comme il se doit masculin, blanc et occidental, pour se muer en une version "soft" de l'hôpital. Nourries par les «gender studies» ou les «cultural studies» nées dans les universités américaines, les nouvelles normes devraient permettre un gigantesque pansement social. Les minorités, les femmes et les enfants s'exprimeraient. Tout serait participatif. Aucune hiérarchie, vue comme archaïque et patriarcale. Je suppose que vous connaissez comme moi la chanson (1).

Un coup d'éclat

Une Danoise, Jette Sandahl, s'était faite la porte-parole du Comité permanent de l'association présidée par Suay Askoy. Une Turque nommée à ce poste en 2016. Jette avait pour elle son enthousiasme et la création de deux musées foireux en Scandinavie. Je me suis tout de même étonné, lorsqu'elle a annoncé son coup d'éclat le 25 juillet, de voir une quasi vieillarde porter la bonne parole pour le XXIe siècle. Jette a un an de moins que moi, qui ne nourrit plus de telles prétentions. Son coup d'éclat ressemblait fort à un futur coup d'Etat. La dame ne pensait pas que les pays, en plein été, aient le temps de se retourner avant un vote prévu à l'arraché le 7 septembre.

Vingt-deux pays se sont très vite rebiffés, avec en tête la France. Cinq autres organisations nationales ont suivi. Si les Etats-Unis, lobotomisés par le politiquement correct se montraient favorables à cette innovation, il n'en allait pas de même à la surprise générale pour le Canada, pourtant très bien pensant. Ni du reste pour l'Iran, la Russie, Israël ou l'Argentine. Dans une remarquable chronique donnée au «Monde», Michel Guerrin se demandait si l'on allait assister à une guerre idéologique des Anciens contre les Modernes. Les premiers auraient été les tenants des oeuvres et de leur étude. Les seconds les partisans du seul débat sociétal au milieu d'un forum. Eh bien tel ne semble pas être le cas lors du vote du 7 septembre ayant abouti au repoussement de la motion! Comme j'ai pu le lire hier en ligne dans «La Tribune de l'art» (2) , celle-ci a été renvoyée par le 70,41 pour-cent des votants, chaque pays disposant d'une voix.

Dangers plus graves

En conclusion, sans pendre bien sûr parti (les philosophes sont au dessus de ce genre de choses), Michel Guerrin craignait une explosion de l'ICOM, dont le seul pouvoir reste moral, alors que les musées connaissent des problèmes autrement plus menaçants qu'un résidus potentiel d'élitisme occidental. Il parlait de la sur-fréquentation de quelques institutions face au vide abyssal de public que connaissent les autres. D'un financement devenu toujours plus fragile. D'un modèle se calquant sans cesse davantage sur celui de l'entreprise commerciale. De la prise de pouvoir des communicants sur les experts. Bref, de choses dont je vous entretiens régulièrement. «Merveilleuse ICOM qui s'assied sur la réalité au risque de ses saborder», concluait Michel Guerrin. Un mot de la fin sans danger. L'homme s'arrêtait à temps. La véritable question serait en fait: «Est-ce que ce serait vraiment très grave?» La même demandeque l'on pourrait hélas formuler aujourd'hui pour l'UNESCO.

Cela dit, en Suisse, il existe visiblement un fan club pour les idées rassemblées par Jette Sandahl. Je pense au MEG de Genève, avec un nouvel éditorial selon moi affolant de son directeur Boris Wastiau. Je vous en parle dans un texte situés une case plus haut dans le déroulé de cette chronique.

(1) Je note au passage que ce ont toujours les musées qui se retrouvent en ligne de mire. Nul ne parle d'orchestres symphoniques inclusifs, où les auditeurs s'empareraient des instruments, ni de livre dont les minorité écriraient certains chapitres. Etrange, non?
(2) Didier Rykner avait soulevé dans «La tribune de l'art» un fameux lièvre. La motion préfère le mot «artefact» à celui d'«oeuvre». Un artefact suppose une intervention humaine. Dès lors, tous les musées d'histoire naturelle ne seraient dorénavant plus des musées.





Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."