Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Hôtel Solvay, chef-d'oeuvre Art Nouveau de Bruxelles, devient un musée public

Construit entre 1895 et 1903 par l'architecte Victor Horta avec un budget illimité, le bâtiment pourra se visiter sur réservation les jeudis et les samedis.

L'Hôtel Solvay, pris entre deux immeubles modernes bien médiocres.

Crédits: VisitBrussels

Je vous ai récemment parlé de l’architecte belge Victor Horta (1861-1947) pour de mauvaises raisons. Le Palais des beaux-arts, l’une de ses dernières grandes commandes, a subi un incendie. Plus de peur que de mal! Après avoir annoncé une catastrophe nationale, le gros tas de cendres, la presse a ramené le sinistre à sa juste dimension. La salle de concert a subi des dégâts, le grand orgue se retrouvant hors d’usage.

Le grand escalier, la verrière reconstituée (elle a éclaté en 1944 après l'explosion d'une bombe) et le panneau décoratif de Theo van Rysselberghe. Photo RTFBe.

Cette fois, il me faut annoncer une bonne nouvelle. L’Hôtel Solvay, comme je l’ai appris sur le site de «Connaissance des arts», devient véritablement un musée. Jusqu’ici, il pouvait éventuellement se découvrir lors de visites guidées. Désormais, le bâtiment sera accessible tous les jeudis et samedis. Sur réservation cependant. Mais c’est là une tendance lourde depuis le début de la pandémie… voire même avant. La chose aura son prix, 16 euros. Mais l’Hôtel Solvay fait partie des plus spectaculaires de l’architecte Art Nouveau. Jugez plutôt!

Une féerie de courbes

Tout est parti d’un désir de la famille Solvay, les rois des produits chimiques de l’époque. Ils voulaient une demeure sortant de l’ordinaire, et ce en pleine capitale. Traversant, le terrain à bâtir donnait du côté principal sur l’avenue Louise. Les Champs-Elysées bruxellois, aujourd’hui en assez mauvais état. En pleine ascension, Horta disposait d’un budget illimité. Le temps ne comptait visiblement pas non plus. Commencé en 1895, l’édifice ne se vit achevé qu’en 1903. L’architecte avait utilisé entre-temps dix-sept sortes de bois et vingt-trois de marbres. Si la façade, symétrique, pouvait encore sembler sobre, il n’en allait pas de même pour l’intérieur sur quatre étages. C’était une féerie tout en courbes, avec une immense toile décorative de Théo van Rysselberghe et des ferronneries ouvragées partout. Le spectaculaire n’excluait pas le confort, alors moderne. Il y avait un ascenseur, un passe-plat (aujourd’hui disparu) et déjà, mais oui!, la climatisation.

L'une des ferronneries extérieures. Photo VisitBrussels.

En 1903, la maison semblait le comble de la nouveauté. Le propre de la mode est de se démoder. L’Art Nouveau a très vite passé aux oubliettes. Dès les années 1910, le Palais Stoclet, construit dans la capitale belge par l’Autrichien Josef Hoffmann, réduisait l’Hôtel Solvay à l’état de vieille lune. La déchéance commençait. Ce fut l’éclat de rire général quand, en 1957, la famille Wittamer racheta l’édifice «de style nouille». C’était à vrai dire pour y installer, dans une adresse chic, sa maison de couture Valens. Le décor du rez-de-chaussée se vit alors démonté, mais pas détruit. Trente et un an plus tard, l’immeuble se retrouvait classé. En 2003, il entrait au Patrimoine mondial de l’Unesco après une complète restauration.

"Citymarketing"

Aujourd’hui, comme Nancy ou Barcelone, Bruxelles table sur ce qui lui reste de patrimoine Art Nouveau (bien des choses ont été détruites). Pour Pascal Smet, monsieur Patrimoine, qui parle en homme d’affaires, il appartient au «citymarketing». D’où l’actuelle muséification. Cela dit, les Belges peuvent déjà visiter. En dépit de la pandémie, qui frappe dur dans le pays, il semble que les musées bruxellois, avec des protocoles compliqués bien sûr, restent ouverts.

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