Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'historien des mentalités religieuses Jean Delumeau est mort à 96 ans

Le Français avait fait sensation en 1978 avec "La peur en Occident". Son grand thème était la soumission voulue de l'homme à l'Eglise en lui inspirant la peur de l'enfer.

Jean Delumeau, il y a une quinzaine d'années.

Crédits: Leonardo Cardamo, AFP

C’était une figure importante. Il ne s’agissait pas d’une personnalité médiatique pour autant. Disons qu’il s’agissait plutôt d’une autorité auprès des historiens et des théologiens. Jean Delumeau s’est éteint le 13 janvier. Il avait 96 ans. Un bel âge, mais pas encore celui du repos, sinon éternel. L’homme avait encore publié en 2015 «L’avenir de Dieu». Une manière comme une autre de boucler une boucle entamée des décennies plus tôt. Et cela même si son livre ayant rencontré le plus d’écho, «La peur en Occident, XIVe-XVIIIe siècles» n’a paru qu’en 1978.

Issu d’une famillede petits commerçants nantais, Jean Delumeau appartenait à la race des premiers  de classes. Celles-ci, il les a faites à Grasse, puis à Nice et à Marseille avant d’arriver par «méritocratie», comme disent nos voisins d’outre Jura, à l’Ecole Normale Supérieure. Son premier parcours scolaire a déjà croisé des religieux en la personne de Salésiens (disciples de saint François de Sales, donc). Il s’est déroulé en des temps difficiles, pour ne pas dire plus. Le Nantais appartenait à la promotion 1943. Il venait en plus de découvrir une capitale non seulement occupée, mais en grande partie déchristianisée. Un choc culturel pour lui. Non pas que l’adolescent fut du genre cul-béni. Mais la province vivait comme dans une autre époque. Delumeau deviendra par la suite un pourfendeur de l’Eglise telle qu’elle est, et non telle qu’elle devrait se comporter. Il a ainsi milité pour la réhabilitation de sfemmes dans le monde catholique. Pour le rapprochement avec les protestants aussi. Une grande nécrologie vient du reste de paraître sur le site de «Réforme».

Un parcours sans fautes

Delumeau a accompli par la suite ce que «Le Monde» vient de qualifier de «parcours sans faute». Enseignement universitaire. Recherche archivistique. Le tout couronné par autant de décorations, de cocardes, de distinctions et de doctorats qu’on puisse rêver. Seule l’Académie française n’a pas voulu de l’homme. Il n’a pas passé le cap de l’élection en 2002. L’auteur avait alors déjà beaucoup publié. La religion vécue entre le Moyen Age finissant et le Siècle des Lumières forme la colonne vertébrale de ses écrits. C’est évident dans «La peur en Occident». Le texte montre comment le catholicisme a pu régner sur les corps (et ce que sont peut-être les âmes) en insufflant la terreur de l’enfer. Une suite s’imposait. «Péché et culpabilisation», sorti en 1983, démontait les procédés de l’Église. Il fallait un pendant, afin de rétablir un précaire équilibre. Ce fut «L’aveu et le pardon»en 1990. Une histoire de la confession. Il y avait eu «Injures et blasphèmes» entre-temps... La somme sera enfin effectuée par un ouvrage en deux tomes important, mais tout de même un peu longuet. Ce fut, en s’inspirant du tableau de Jérôme Bosch, «Le jardin des délices» en 1992 et 1995.

Ce sommes se basaient sur d’innombrables lectures et prises de notes. S’étaient vus pris en considération tous les éléments relevant d’une théologie à l’ancienne, avec ce quelle supposait d’intimidation. Delumeau en arrivait ainsi à plonger en plein XXe siècle. Le Moyen Age n’a vraiment disparu de la Savoie qu’après la dernière guerre! Il y avait ainsi des exemples qui nous devenaient proches à la fois historiquement et géographiquement. La chose rendait ces volumes, voulus grand public (un public cultivé, tout de même…) très accessibles. Ils ont peu à peu paru en concurrence avec ceux d’un autre scrutateur mentalités, Georges Minois, né en 1946. Un homme d’une autre génération, donc. Son «Histoire de Enfers» ou son «Histoire de l’athéisme» se situent dans la même veine, même si ce cadet a donné des ouvrage sur des objets très différents. Le clergé ne veut de loin pas toujours notre bien.

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