Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'extension souterraine de la Fondation Martin-Bodmer de Cologny prend forme

La colline a été creusée selon un projet de l'Archilab de Gabriele M. Rossi. Rien ne se voit de la rue. Il y aura là aussi bien un espace pour chercheurs qu'une librairie et une cafétéria.

Un croquis pour l'extension de la Bodmeriana.

Crédits: Archilab, Gabriele M. Rossi.

«Est-ce que vous voulez voir l’avancement de nos travaux?». Oui, bien sûr. Je ne demande qu’à suivre Nicolas Ducimetière dans ce que je pourrais appeler la «nouvelle Fondation Bodmer». Nous partons ainsi de l’actuelle billetterie, prolongée vers l’entrée par une amorce de librairie. Notre parcours commence par une petite salle qui servait naguère à quelques projections savantes dans le noir. Ce qui est aussi une couleur, à en lire Michel Pastoureau, ne semble aujourd'hui plus de mise. Nous sommes dans un puits de lumière. C’est le passage menant désormais vers de nouveaux horizons.

«Il a fallu nous adapter à notre situation de lieu de recherche et de musée», poursuit Nicolas Ducimetière. La partie nouvelle a une nouvelle fois été creusée sous la colline colognote. Rien ne se voit de l’extérieur. Tout demeure caché. Je pense un peu au décor de «James Bond contre le Docteur No», même si la Bodmeriana ne conserve aucun manuscrit de Ian Fleming. «Notez que ce ne serait pas si farfelu que cela. Nous avons bien du Simenon. D’une certaine manière, Fleming appartient à la «Weltliteratur» prônée par Martin Bodmer, qui se montrait très sensible au nombre des traductions existantes.»

Un  jardin en contre-bas

Pour le moment, je vois le futur bureau destiné aux chercheurs. Le cadre vide, sur un mur, attend un bas-relief. Les œuvres d’art ont toujours joué ici un grand rôle. «Auparavant, nous ne pouvions accueillir qu’une seule personne à la fois, et ce dans des conditions désastreuses.» Il y a ici à mon avis six places. Elles se révèlent bien éloignées les unes des autres, même si nul ne parlait de distances sociales quand les plans de Gabriele M. Rossi d'Archilab, de Pully, ont été faits et approuvés. Un peu plus loin, avec vue sur l’extérieur, se trouve la future cafétéria. «Nous aurons à côté une vraie librairie, ravitaillée avec l’aide de Luca Notari». Un monsieur qui est aussi éditeur pour enfants. Normal après tout dans un lieu voué au livre!

Après avoir jeté un œil au jardin construit en contre-bas, avec un lasagne multicouches de lignes horizontales de pierre blanches et d’herbes bien vertes, nous voici dans les ateliers de restauration. Ils me semblent immenses. Une spécialiste est déjà au travail, avec enfin la possibilité de prendre ses aises. Il fait particulièrement froid dans cette zone. Je le sens à la plante de mes pieds. «Nous devons respecter des normes strictes», explique Nicolas. Elle sont identiques dans les salles souterraines abritant les compactus mobiles. Les ouvrages jusqu’ici conservés dans des conditions parfois limite y descendent peu à peu. «Il y aura en tout quatre kilomètres de rayons.»

Une nouvelle étape

Avec ces aménagements, la Bodmeriana, doté d’un nouveau comité où siègent notamment trois membres de la famille Bodmer, franchit une nouvelle étape. J’aurai connu les petites maisons construites parle fondateur, ne s’ouvrant au public que tous les 32 du mois. Puis est venu sous la direction de Charles Méla le musée sarcophage imaginé par Mario Botta. Nous arrivons bientôt dans un univers convivial, même si la barre reste placée très haut. Il deviendra plus agréable de passer une après-midi à la Fondation, qui continue du reste à s’enrichir. «Mais modestement, en tout cas en termes d’achats. Quarante mille francs par an de budget...»

N.B. Cet article vient après celui consacré à l’exposition de reliures anciennes et modernes à la Fondation Martin-Bodmer, placé une case plus haut dans le déroulé de cette chronique.

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