Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'expert Eric Turquin a découvert un Cimabue dans une cuisine de Compiègne

Mort en 1302, ce père de la peinture italienne est bien sûr rarissime. Le panneau est un fragment de polyptyque. On connaît deux autres morceaux de ce puzzle à New York et à Londres.

La photo du panneau. Vingt-huit centimètres de haut.

Crédits: Cabinet Eric Turquin, Paris 2019.

C'est un éléphant blanc, ou un trèfle non pas à quatre, mais à cinq feuilles. L'expert parisien Eric Turquin annonce avoir découvert un Cimabue à Compiègne. Il pendait dans une cuisine. Ses propriétaires pensaient à une icône, ce qui n'apparaît pas tout à fait faux. Né vers 1240, mort en 1302, Cenni di Pepo, dit Cimabue, est le Toscan qui a tiré la peinture italienne de l'art byzantin. Ses œuvres conservées demeurent bien entendu rares. Ou disons plutôt qu'elle font peu l'unanimité entre les spécialistes. A part les fresques de l'église supérieure d'Assise, assez mal conservées, il y a ainsi une poignée de tableaux sûrs. Notons cependant que les «Maesta» (ou Vierges en Majesté) des Offices de Florence ou du Louvre sont des panneaux énormes. Impressionnants, à part cela!

Le fragment assez sale apparu à Compiègne ne semble en revanche pas bien grand. Il mesure 20,3 centimètres sur 28,5. Il s'agit en fait d'un morceau de ce qui est devenu un puzzle. Un polyptyque contenant huit scènes de la vie de Jésus a été découpé à une période ancienne, histoire de créer des tableaux autonomes. «Le Christ moqué» répond à une «Flagellation» appartenant depuis longtemps à la Frick Collection de New York et à une «Vierge à l'Enfant» entrée en 2000 par dation (ou plutôt «acceptation in lieu») à la National Gallery de Londres. Le reste manque encore à l'appel.

La Vierge de Londres. Photo National Gallery, 2019.

Le tableau se verra mis en vente à Senlis le 27 octobre par la maison Actéon. L'article du «Figaro» auquel j'emprunte en partie cette histoire racontée par Béatrice de Rochebouet ne précise pas si l’œuvre pourra, ou non, sortir du territoire national. Eric Turquin espère en tirer entre 4 et 6 million d'euros, mais le Getty ou Abu Dhabi n'ont pas de Cimabue... Alors tout est possible si... Reste une chose à dire. L'expert parisien est l'homme ayant déjà inventé la très discutée «Judith» donnée au Caravage. Elle a été retirée après une tractation de gré à gré d'une vente publique à Toulouse il y a peu.

Un dossier de presse envoyé pour l'occasion (et  reçu depuis la première publication de cet article hier 23 septembre) complète cette nouvelle par une autre. L'infatigable Cabinet Turquin a mis la main sur une "Madone" du Maître de Vissy Brod, un Tchèque anonyme des années 1400. L'homme travaillait dans le style de ce qu'on appelle communément "le gothique international". Cette seconde trouvaille finira sous le marteau à Dijon le 30 novembre. Son estimation est dix fois inférieure à celle du Cimabue. Mais là aussi, mystère. Aucune réalisation de cet inconnu n'a jamais passé aux enchères.

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