Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'ex-Cabinet des arts graphiques genevois de la promenade du Pin devrait devenir... un café

Les travaux seraient en cours pour une ouverture en début d'automne. Curieuse fin pour ce qui fut à partir des années 1970 un lieu culturel important dans la ville.

Une des affiches du Cabinet des estampes à sa grande époque.

Crédits: DR.

Cela tient désormais du feuilleton, mais je n’en suis nullement l’auteur et par conséquent le responsable. Il n’y a pas de cabale. Ni d’acharnement, du reste. Je me contente d’observer et d’écouter. Il s’agit une nouvelle fois du Musée d’art et d’histoire (MAH), mais du côté promenade du Pin cette fois. L’affaire tourne donc autour de ce qui furent les locaux du Cabinet des arts graphiques, nés du mariage forcé de celui des gravures et de celui des dessins.

Les plus âgés d’entre vous se souviennent que ce lieu a connu des heures de gloire à partir des années 1970. Situé au-dessus de la Bibliothèque d’art et d’archéologie, il accueillait des expositions tant anciennes que modernes ou contemporaines. Souvent pointues. C’était l’époque où Rainer Michael Mason, puis Christophe Cherix se trouvaient aux commandes. Sous la direction de Christian Rümelin, ces manifestations se sont espacées, puis raréfiées. Le Cabinet, par la volonté de Jean-Yves Marin alors à la tête du MAH, n’avait plus droit qu’à deux présentations par an. La dernière en date restera «L’eau-forte est à la mode», à l’automne 2020.

Aménagé à grands frais

Il a ensuite été décidé par le nouveau directeur Marc-Olivier Wahler (alias MOW) de rapatrier les expositions dans le bâtiment central de la rue Charles-Galland. Force centrifuge. C’était abandonner un espace restauré à grands frais non pas une, mais plusieurs fois. Les derniers travaux avaient visé à accorder aux cimaises le bureau du responsable de ce département. Des mois de chantier pour gagner quelques mètres carrés. Une protestation avait circulé en septembre 2020. Elle avait été balayée d’un revers de la main. MOW s’engageait non pas à diminuer, mais à augmenter la visibilité du Cabinet. Il suffit de relire, comme je viens de le faire, son interview dans «Genève active», où la lettre des protestataires ne figurait qu’un cliquant sur un lien en bas de page. Tout allait très bien. Les lieux, après une réflexion en bonne et due forme, demeureraient réservés à «l’objet papier». Il y aurait peut-être même une salle de consultation pour découvrir la plus abondante (environ 300 000 feuilles, pour la plupart non cataloguées scientifiquement) des collections du MAH.

Fermé au amateurs, l’endroit est devenu depuis une salle de médiation. Le MAH aime beaucoup médiatiser. Mais ce serait terminé. Un autre destin attendrait les chambres de ce qui fut, il y a bien longtemps, un appartement. Il doit devenir un «tiers-lieu». De quoi s’agit-il en bon français? D’un espace, sans doute «sympa» et «transversal», dédié à la détente. Ou pour dire les choses tout cru, d’un café, en cours d’installation pour ouverture dans quelques semaines. Vous me direz qu’il existe bien le Barocco rue Charles-Galland dans le MAH lui-même. Mais sans doute faut-il en fournir un… à qui au fait? Sans doute aux consultants de la Bibliothèque d’art et d’archéologie. Inutile de dire que les protestataires de 2020 sont indignés. Ils vont le faire savoir sans doute. On arrive à l’ère des lettres ouvertes à propos du MAH. Il en circule ainsi déjà une par Genève aujourd’hui. Elle prie instamment le Conseil administratif de ne pas procéder à la confirmation de la nomination de Marc-Olivier Wahler à la direction. «Une lourde erreur, qu’il convient de réparer.» Adressé à la maire Frédérique Perler et aux autres Municipaux, le document comporterait de nombreuses signatures.

Et cet automne?

Tout cela commence à faire beaucoup, alors qu’il ne se passe pas grand-chose au MAH, où le décor de «Marcher sur l’eau» reste en place tandis que le Musée Rath finira le 13 août d’organiser les «Thés» dont je vous ai parlé. Cette scénographie aurait cependant dû, selon mes sources, retourner en Autriche pour s’y voir brûlée. Admirable sens de l’écologie… Il faut dire que nous sommes en vacances, et que l’absentéisme bat son plein au musée. De nombreuses personnes seraient ainsi à nouveau en arrêt maladie. Le prochain rendez-vous rue Charles-Galland se situe en septembre. Le 17 ouvrira «Pour la galerie, Mode et portraits». La suite au prochain épisode...

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."