Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Espace Quark ferme ses portes à Genève. Retour sur l'histoire du lieu non commercial

Apparu en 2015 aux Bains, ce local donnait une visibilité à des artistes ne disposant pas d'un galeriste. Un sponsor s'est retiré. D'autres ne se sont pas présentés.

"Constellation Pyrrhon" chez Quark.

Crédits: Annik Vetter, Espace Quark, Genève 2020.

C’était devenu un point de référence aux Bains. Après l’exposition actuelle de Mathias Pfund «Plus Ultra», qui se terminera le 27 juin, Quark va pourtant cesser d’exister. Envolé! La fin d’une aventure qui aura duré cinq ans et demi. «C’est devenu presque trop tard pour en parler», estime sa responsable Elisa Langlois. Pas d’accord! L’existence vécue par cette galerie non commerciale mérite l’attention dans sa singularité. A Genève, seule la longue histoire de lieux comme Andata Ritorno et la Salles Jules-Crosnier semblent assimilable (et encore, de loin!) à celle de cet endroit non-commercial de la rue Charles-Humbert. Une rue au nom de peintre,soit dit en passant…

Elisa Langlois, les présentations, pour commencer. Qui êtes-vous?
J’ai 36 ans. Je viens de France. J’ai été formée à l’Ecole du Louvre. Historienne de l’art, j’ai commencé à travailler à Genève pour la Galerie Bonnier, qui a aujourd’hui disparu. J’enseigne maintenant à la HEAD. Je n’y suis pas professeur, mais intervenante. Dans cette immense école très compartimentée je parle construction avec des étudiants préparant leur Bachelor.

Quark vu de la rue Charles-Humbert. Photo Annik Vetter, Espace Quark, Genève 2020.

Comment a commencé pour vous l’histoire de Quark?
Cela s’est passé d’une manière assez singulière. J’étais donc l’assistante de Jan Runnquist chez Bonnier. Puis j’ai travaillé de manière éphémère avec Mai Thu Perret. C’est à ce moment que j’ai été approchée par la Fondation Sesam. Rien à voir avec le «sésame, ouvre-toi». Il s’agit là du sigle d’une association philanthropique d’Abdallah Chatila. Ses buts sont très larges, puisqu’ils vont du social au culturel. Céline de Wurstemberger, qui en est la secrétaire générale, avait pensé à un lieu pour soutenir la création émergente à Genève. Comment l'aider? L’idée a débouché sur un lieu où de jeunes artistes dépourvus d’une galerie s’occupant d’eux pourraient être vus. J’ai été choisie après avoir été auditionnée, comme bien d’autres candidats je suppose.

De quelle manière les choses se sont-elles concrétisées?
Il fallait arriver à un projet viable. J’ai proposé un espace qui serait aux Bains pour se retrouver près d’un musée, le Mamco, et des galeries commerciales. Cela nous amené à un Prix pour trois artistes et une programmation. Quark s’est ensuite détaché de la Fondation Sesam, qui restait l’un de ses bailleurs de fonds avec Pro Helvetia, la Loterie romande ou une fondation genevoise ne voulant pas donner son nom (1). Le Prix a disparu. L’espace a ainsi organisé cinq ou six expositions par an depuis 2015. L’idée était de montrer des gens jeunes ou pas jeunes, d’ici ou d’ailleurs, ayant déjà montré leurs œuvres au public ou non, à condition qu’ils ne soient pas liés à une galerie. C’était aussi celle que tout le monde soit payé, artiste compris.

Elisa Langlois et Elie Semoun pour un reportage de la RTS. Photo RTS, 2020.

Les œuvres sont-elles à vendre?
Oui, mais nous ne prélevons aucune marge. C’est une affaire entre l’exposant et l’éventuel collectionneur.

Que sont devenus depuis vos invités?
Certains ont trouvé quelqu’un pour les représenter. D’autres ont obtenu des récompenses. Je profite pour signaler que notre ambition n’était pas de montrer des travaux d’étudiants, comme à Liveinyourhead. Nous voulions des gens à même de proposer un travail jeune, certes, mais déjà professionnel.

Des noms.
Gilles Furtwängler, qui a passé chez Skopia. Rochelle Goldberg, aujourd’hui chez Miguel Abreu. Flora Mottini, vue depuis chez Ribordy. Constantin Sgouridis, qui faisait partie du collectif Klat. Nous terminons en compagnie de Mathias Pfund.

Vous mettez aujourd’hui la clef sous le paillasson. Que s’est-il passé?
Tout s’est terminé cette année. L'accord avec Sesam s'est terminé. D’autres subventionneurs ne se sont pas présentés, en dépit de nos recherches. L’avenir s’annonçait difficile. La dernière chose que nous tentons de mettre sur pieds est un livre. Il nous reste aussi à remettre l’arcade. Quand nous en cherchions une il y a six ans, elles s’arrachaient dans le quartier. Il est aujourd’hui devenu difficile de trouver un repreneur.

Et vous?
Je continue à la HEAD. Je suis aussi en tractations pour former une collection comprenant notamment des créateurs émergents pour une entreprise.

Dernière question. Pourquoi Quark?
C’est la plus petite particule dans la nature. Elle se retrouve partout, sans posséder de forme définie. Le champ idéal des libertés.

(1) Le secret de Polichinelle. Il s’agit de la Fondation Hans-Wilsdorf. Le jour où une seconde fondation ne voudra pas donner son nom, il y aura réellement anonymat.

Pratique

«Plus Ultra» de Mathias Pfund est la dernière exposition de Quark, 6, rue Charles-Humbert à Genève, jusqu’au 27 juin. Tél. 022 731 04 60,site www.espacequark.ch Ouvert du jeudi au samedi de 14h à 18h.

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