Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les ventes aux enchères genevoises de mars reportées auront lieu à la mi juin

A moins d'un désastre sanitaire, Genève Enchères et Piguet vendront en ligne, mais aussi en direct à la criée. Idem pour Koller, qui a un bureau installé à Genève.

Du Meissen chez Piguet, comme il y en a en ce moment au Musée de l'Ariana genevois.

Crédits: Piguet, Genève 2020.

Vous l’avez sans doute remarqué. De loin bien sûr, comme le veut notre époque de distanciations sociales. Il n’y a pas eu de ventes aux enchères à Genève pendant le confinement. Piguet, qui avait une session entièrement en ligne programmée autour du 10 mars 2020, a eu une chance de pendu. Les visites physiques ont eu lieu le week-end avant le grand enfermement. A quelques heures près, c’était la catastrophe. La vente a au contraire très bien marché. «Plus de 80 pour-cent des lots ont trouvé preneur», explique Bernard Piguet. «La somme des encaisses correspond à 150 pour-cent des estimations basses.» En utilisant un autre mode de calcul, je pourrais aussi dire que mars 2020 a rapporté à la maison de la rue Prévost-Martin le double de mars 2019. C’est ce qu’on appelle une nette progression.

Genève Enchères et Koller (qui participe à la vie genevoise dans la mesure où cette institution zurichoise possède un bureau à l’Athénée) ont été moins heureux. Leurs ventes d’avril pour le premier, de fin mars pour le second se sont vues au départ renvoyées à une date se situant entre des jours meilleurs et les calendes grecques. Tout s’est arrangé fin avril, mais aux conditions du «monde d’après», comme certains disent aujourd’hui avec une certaine grandiloquence. Les choses ont été repoussées à la mi-juin, avec le problème qu’il risquait d’y avoir ce mois-là deux séries d'enchères successives, la Suisse n’ayant guère l’habitude des vacations estivales. Il convenait aussi de résoudre le délicat problème des visites sur place, le cocktail de vernissage devenant impensable. Il y avait enfin la question des enchères elles-mêmes. Tout en ligne, comme l’ont fait pendant le confinement Christie’s et Sotheby’s (et aussi Drouot à Paris, avec quelques plantées techniques majeures)? Un commissaire-priseur opérant seul dans la salle, mais en direct? Ou un savant mélange des deux? Je vous donne la réponse finale en trois temps.

Du côté de Piguet

Bernard Piguet au marteau. Photo RTS.

Contacté au téléphone courant avril, Bernard Piguet avouait «naviguer à vue». Si tout était clair pour mars, où la firme genevoise fait désormais tout en ligne (même si sa clientèle un brin madérisée n’est de loin pas formée de «geeks»), juin devait proposer des séances en salle. Une salle où il peut encore y avoir beaucoup de monde de nos jours, les habitués aimant bien se retrouver entre eux. «C’était du coup le problème de la criée qui se posait. Y aurait-il ou non un public, tandis que le commissaire priseur agissait en temps réel. Et s’il y avait des gens dans la salle, combien seraient-ils?» Le résultat des cogitations est une vente traditionnelle, mais «flexible». Elle devait tenir compte de tous les paramètres médicaux. «Comment savoir à l’avance s’il y aura une nouvelle vague de contaminations et, si tel est le cas, quand elle aura lieu?» Il fallait du coup prévoir un temps d’exposition préalable élargi. Peu de public à la fois. La possibilité de rendez-vous privés. La livraison devait pouvoir s’obtenir à la fin en voiture, comme dans un bon vieux «drive in». «Nous allons nous calquer sur les recommandations faites aux musées et aux galeries en collaboration étroite avec le Département de la Santé.» Tout cela suppose un plan, à faire valider. «Je ne veux pas que l’on puisse dire que c’est à cause de moi qu’il est arrivé un accident sanitaire.» Les ventes de Piguet se dérouleront du 29 juin au 2 juillet, www.piguet.com

La réponse de Genève Enchères

Olivier Fichot sans marteau. Photo Genève Enchères.

Chez Genève Enchères, même politique globale. «Nous ignorons encore à quelle sauce nous allons être mangés», explique Olivier Fichot contacté à la fin du confinement. Le problème reste ici aussi celui de la vente physique. «Nous ne savons pas exactement combien de gens pourront se trouver dans la salle, entre les acheteurs et les employés au téléphone.» Si les ventes silencieuses se verront remplacées par des clics en ligne, «avec la possibilité de laisser des ordre dans une urne au moment de la visite», il y aura autrement toutes les possibilités. Les ordres écrits. Les appels au téléphone. Les clics des amateurs inscrits au préalable. «J’aimerais beaucoup, pour l’atmosphère, que des clients soient dans la salle. Mais je ne sais pas combien ils seront. Dès que nous aurons le chiffre, les amateurs pourront réserver leur place (1). Nous pensions les regrouper par groupe autour d’une petite table. Ambiance Crazy Horse Saloon.» Olivier Fichot n’enlèvera pas pour autant le bas. Cela dit, toutes les spécialités n’attirent d’ordinaire pas le même nombre de clients en chair et en os. «Pour l’art asiatique, la quasi totalité se passe d’ordinaire au téléphone.» Avec les bijoux, c’est le contraire. «Les acheteuses veulent toutes être là.» Je suis sûr qu’elles désirent aussi goûter les biscuits préparés par Madame Eggimann. Si cette dernière ne sera hélas pas présente, elle entend bien se mettre à ses fourneaux. La restitution des lots (et il y en a 2518!) après paiement des factures envoyées par courriel se fera sur rendez-vous. «C’est là qu’il faudra éviter une foule agglutinée.» Les ventes se dérouleront du 16 au 18 juin, avec cinq jours de visites préalables, site www.geneve-encheres.ch Consulté le 24 mai, le site ne dévoilait pas encore le catalogue en ligne même si les enchères digitales commencent.... le 25 mai. Le catalogue physique est pour sa part sorti de presse.

Le doublé de Koller

Cyril Himmer, qui a un peu changé de "look" depuis. Photo Koller.

Et Koller? Eh bien on peut déjà visiter sur rendez-vous les locaux zurichois depuis plusieurs semaines, comme l’explique Cyril Himmer. «Nos catalogues étaient prêts en mars. Envoyés. Reçus. Les gens avaient eu le temps de se faire quelques envie.» Les «highlights» des ventes de mars ont même été présentés durant deux jours à Genève. Tout s’est retrouvé au congélateur pour une consommation en juin. «Nous avons aménagé ces derniers temps nos salles avec des marques au sol et du plastique partout devant nos employées.» Des désinfectants ont été prévus en abondance. «Chaque objet touché par un client potentiel se voit nettoyé avant de passer dans les mains de l’amateur suivant.» Là aussi, les ordres se superposeront aux téléphones, aux «clics» et aux doigts levés par quelques clients admis dans la salle. Combien? «Nous tablons sur une vingtaine. Pour certaines spécialités, cela ne fera guère moins du public habituel.» Cyril Himmer au marteau se sent depuis longtemps parfois comme un chef d’orchestre sans musiciens. L’atmosphère est devenue très froide. «En revanche, pour l’art suisse, ce sera une révolution. D’ordinaire, les clients, en majorité alémaniques, se bousculent ce jour-là. Ils se connaissent, ce qui les aide à entrer en compétition les uns contre les autres.» Le public ne devra pas réaliser que deux semaines après les ventes de mars reportées auront lieu celles de fin juin. D’où des problèmes de logistique, notamment pour le stockage des lots vendus. «Certains d’entre eux auront été acquis par des étrangers risquant de ne pas savoir comment leur faire traverser une frontière!» Heureusement, Koller a de la place! Les seize ventes de mars auront lieu du 15 au 19 juin, site www.kollerauktionen.ch

(1) Il y a déjà une place de moins. Celle que j’ai réservée.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."