Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Russes veulent voler au secours des Syriens pour restaurer le site de Palmyre

Pour le moment, on en reste aux modèles 3D. Mais un accord est signé. Il devrait permettre la restitution des monuments détruits par l'EI en 2015.

Le modèle de reconstitution.

Crédits: Itar-Tass.

L’événement avait fait la Une des journaux. Moins qu’il ne l’aurait dû, sans doute. La culture n’intéresse guère les médias, quand elle n’a pas quelque chose de crapoteux à se faire reprocher. En 2015 pourtant, en plusieurs épisodes comme dans un mauvais feuilleton, les membres du pseudo Etat islamique ont détruit certains monuments de Palmyre en Syrie. Ils s’étaient auparavant emparés de la ville moderne et du site antique attenant. Il y a même eu le spectaculaire assassinat d’un archéologue par des djihadistes. Un meurtre conclu à l’intention de journalistes, qui sont entrés sans trop réfléchir dans le jeu. Un jeu particulièrement dangereux.

L’immense site de Palmyre, qui remonte aux premiers siècles de notre ère, a certes subi des ravages. Il n’a pas connu pour autant une complète destruction. La question de sa restauration se pose donc. Jusqu’ici ont été imaginées des restitutions virtuelles, bien dans le goût du temps. Il existe maintenant l’idée d’une reconstruction effective. Tout partirait d’un modèle en 3D qui existe déjà, du moins pour certains monuments. Cette simulation part de 55 000 photos aériennes prises par Itar-Tass et Alarmy Agency.

Protocole signé

Itar-Tass. Les Russes sont en effet dans le coup. La chose ne possède en soi rien d’étonnant. Pour arriver à un accord, mieux vaut être au mieux avec Bashar el-Assad, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Ce monsieur reste encore au pouvoir, grâce en partie à l’aide de Poutine. Palmyre se retrouve donc, depuis sa libération dans son fief. Et son allié lui vient une nouvelle fois en aide. C’est Natalya Solovyova, de l’Institut pour l’histoire de la culture matérielle de Saint-Pétersbourg, qui est allée signer à Damas le protocole d’accord.

Un modèle de reconstitution a ainsi été présenté aux Syriens en août dernier, précise «The Art Newspaper» dans sa version anglaise. Il permet de voir combien de pierres sont restées en place, et quel nombre exact de vestiges pourraient se voir réintégrés dans la reconstruction. C’est ce que l’on appelle, en terme savant, une «anastylose». Les archéologues se retrouvent en effet face à un gigantesque puzzle. Cette simulation en petit format devrait permettre une restitution crédible «d’objets appartenant au patrimoine mondial». Le chantier proprement peut donc théoriquement commencer. Il permettrait, selon l’article que j’ai consulté dans le mensuel britannique, de créer non seulement une nouvelle version des monuments détruits, mais "de donner du travail à de nombreux ouvriers". Ceux-ci pourraient en effet se recruter parmi d’ancien habitants de Palmyre ayant fui en 2015.

L'Unesco et l'Aga Khan Trust

Pour le moment, la maquette se trouve à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg où le public peut en principe la voir jusqu’au 24 janvier dans une exposition sur Palmyre. Une focalisation y est faite sur le Temple de Bel (ou Baal), dont s’occuperait, sur le plan technique, l’architecte Maxim Atayants. Côté scientifique, l’entreprise russo-syrienne s'effectuerait en partenariat avec l’Aga Khan Trust for Culture et l’Unesco World Heritage. Ce dernier doit piloter un comité de recherches permettant la renaissance de Palmyre. Certains diront que ces nobles institutions se compromettent avec un dictateur de la pire espèce. Mais c’est Palmyre!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."