Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les rhinocéros géants de Walter Schmid déferlent à Genève chez Andata.ritorno

L'artiste octogénaire a eu un mouvement de rage. Il a peint plus grands que nature des animaux menacés d'extinction rapide par la bêtise humaine.

Le rhinocéros qui fonce vers le public.

Crédits: Walter Schmid, Andata.ritorno, Genève 2021.

Nous sommes en état d’«alerte rouge». La chose n’est pas nouvelle, mais le rougeoiement s’intensifie avec une vitesse que l’on ne soupçonnait pas il y a vingt ans. La nouvelle exposition de Walter Schmid à Andata.ritorno résulte ainsi d’un mouvement de révolte. Les rhinocéros, que le Genevois va peindre plus grands que nature (ce qui leur donne du coup des airs de dinosaures) sont en voie de disparition pour une idée absurde. Leur corne pilée rendrait leur virilité à des Asiatiques défaillants. D’où cette chasse un peu partout dans le monde afin d'assouvir une chimère. On se souvient qu’un magnifique spécimen s’est vu abattu et mutilé dans un zoo de Thoiry en 2018. L’écho populaire avait été énorme. A ma connaissance, les braconniers courent toujours. Ce sont pourtant des gens qu’il faudrait aussi une fois braconner.

Des rhinocéros aux airs de dinosaures. Photo Walter Schmid, Andata.ritorno, Genève 2021.

Walter Schmid, qui est une homme de passé quatre-vingts ans, a donc repris ses pinceaux. Il a conçu d’immenses toiles, utilisant pour cela des bâches abandonnées. Une matière pauvre, qui se révèle ici terriblement efficace. Dans un autre genre, c’est celle que Claude Viallat (de Supports/Surfaces) utilise également. Les tableaux peuvent ainsi pendre dans l’espace blanc d’Andata.ritorno en donnant une impression d’immédiateté brute. C’est de la peinture sauvage en faveur de la vie sauvage. Comment ne pas se sentir frappé par la pièce tout en hauteur où un rhinocéros donne l’impression de foncer sur le spectateur? Il a pour lui toute la force du noir et blanc, les seules couleurs de l’artiste suisse depuis une vingtaine d’années. Le choix opéré avec le galeriste Joseph Farine se révèle le bon. Andata ne pouvait accueillir que six grandes toiles sur les vingt-huit exécutées par Walter. Un tout petit troupeau.

Des boxeurs et des camions

L’ensemble se situe ainsi dans la lignée des trois précédentes présentations du peintre rue du Stand. Il y avait d’abord eu des boxeurs. Puis de camions. Et enfin des aigles. La violence et la protection de la nature peuvent ainsi se rejoindre sous le signe de l’inquiétude et de la rage. L’homme est mauvais. En plus, il prolifère à une vitesse exponentielle, à l’image de certaines plantes invasives. L’extinction des uns est en partie due à la trop grande place que prennent les autres. La peinture de Walter Schmid n’offre rien de précisément optimiste.

Pratique

«Alerte rouge, Walter Schmid», Andata.ritorno, 37, rue du Stand, jusqu’au 5 juin. Tél. 078 882 84 39, site www.andataritorno.lab Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 18h.

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