Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Rencontres d'Arles se sont trouvées une nouvelle tête, Christoph Wiesner

L'Allemand de Paris quitte Paris Photo pour remplacer Sam Stourdzé, nommé en 2014. C'est un homme de l'art contemporain reconverti dans le 8e art.

Frank Wiesner, l'heureux élu.

Crédits: Jérôme Bouillon, DR.

Décidément, les événements se précipitent du côté de Paris. C’est toujours comme ça à la fin juin. Le déconfinement a juste eu un effet multiplicateur. En France, le monde s’arrête par principe de tourner chaque été, à partir de juillet. Sauf dans le Sud, et c’est là que je vous emmène une nouvelle fois de chez moi.

Je vous parlais il y a deux jours d’Arles, où les Rencontres de la photographie annulées en mai se voyaient cette année remplacées avec un parcours imaginé en trois coups de cuillère à pot par Arles Contemporain. Soixante lieux dans la ville. Pourquoi pas cent? Aujourd’hui, ce sont les Rencontres elles-mêmes qui se sont dénichées une nouvelle tête. «Sauf coup de théâtre de dernière minute», expliquait vendredi matin Valérie Duponchelle dans «Le Figaro», Christophe Wiesner s’était vu nommé à la place laissée vacante par Sam Stourdzé. Le coup de boule en question n’a apparemment pas eu lieu. C’est donc bien cet Allemand de Paris qui a décroché la timbale. Et comme tout va très vite en ce début d’été, Christoph inaugurera le 29 juin à la Gare de Lyon parisienne l’exposition «Hexagone». La chose était prévue pour Arles, mais ne pouvait décemment attendre. Cet accrochage, dont la seconde partie se trouve à Avignon TGV, propose des images de soignants prises par Eric Bouvet et Yan Morgan pendant la pandémie, Acte I.

L'Ecole du Louvre, puis le marché de l'art

Mais qui est ce monsieur de 55 ans, né à Gemünde am Rhein, à cent kilomètres de Francfort? Un tenant de l’art contemporain. Chacun sait que celui-ci est devenu depuis une vingtaine d’années le péché mignon de la photographie. Pour le meilleur et bien souvent pour le pire, celle-ci se veut désormais «plasticienne». Arrivé en France à trois ans avec ses parents, Christoph a ainsi fait ses études à Chantilly, avant de poursuivre plus loin ses classes. Il est sorti de l’Ecole du Louvre, la chose prouvant au moins qu’il y est entré. L’homme est ensuite retourné en Allemagne, travaillant une quinzaine d’années à partir de 1997 pour la galerie Esther Schipper. Puis il est revenu en France chez Yvon Lambert, qui a fermé son commerce à grand fracas médiatique en 2014.

Florence Bourgeois et Christoph Wiesner au Grand Palais. Photo Florent Drillon.

En tandem avec Florence Bourgeois, Christoph a investi Paris Photo en 2015, où les successions se révèlent parfois dramatiques. Le duo a tenu le coup jusqu’à maintenant, où le tandem se sépare (1). Les deux n’ont pas brigué Arles en commun, alors qu’il y avait semble-t-il beaucoup de couples plus ou moins légitimes parmi les candidats. Précisons a ce sujet que Christoph est à la ville le compagnon d’une autre vedette de l’art contemporain. Il s’agit d’Emma Lavigne, ex Centre Pompidou Metz et aujourd’hui directrice du Palais de Tokyo après avoir notamment monté une Biennale de Lyon. La France adore ces rebonds d’une institution à la suivante. L’effet ricochet.

Regard très contemporain

Christoph Wiesner arrivera à Arles au moment où le festival se redessine. Il lui faut à la fois trouver de l’argent et des lieux nouveaux. Les rapports avec l’omnipotente Fondation LUMA de Maja Hoffmann se sont apparemment détendus. Je signale à ce propos que le suppositoire géant dessiné par Frank Gehry sera opérationnel (enfin!) en 2021. Il reste bien sûr difficile de présager l’avenir. Il semble cependant logique que Christoph Wiesner veuille conférer une coloration plus moderne à Arles (la flagorneuse Valérie Duponchelle préfère parler dans «le Figaro» de «regard très contemporain»). Le reportage de terrain est de toute manière phagocyté par «Visa pour l’image» de Perpignan, un festival qui devrait avoir lieu cette année en septembre, envers et contre tout. Cela dit, les Rencontres d’Arles ressemblent beaucoup aux Biennales de Venise. Les gens viennent d’abord pour la ville. S’il y a de la photo, c’est tant mieux. Et autrement? Eh bien tant pis!

(1) Quand on parle de fin de parcours, je pense toujours à la réplique envoyée par Arletty à Jules Berry dans «Le jour se lève» de Marcel Carné (1939).«Nous deux le tandem, c’est terminé, je reprends mes pédales.»

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