Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les rebelles se sont emparés de Lalibela en Ethiopie, la ville aux onze églises rupestres

Que va-t-il arriver? Encore une menace vitale pour un site classé par l'Unesco. Le problème est ici moins religieux que d'entretien d'un lieu déjà fragilisé.

L'Eglise saint-Georges, en forme de Croix.

Crédits: Tripadvisor

Cela se passait pendant que le monde regardait à la TV les derniers reflets des Jeux olympiques. C’est arrivé alors que la Planète n’en finit pas de penser aux bobos du Covid, un peu top généreusement répercutés quotidiennement par les médias. Les rebelles du TPLF, qui veulent libérer le Tigré éthiopien, ont pris possession de Lalibela. Une ville connue pour ses églises monolithiques taillées dans la roche aux XIIe et XIIIe siècle. Le rois entendaient alors faire de la cité une «nouvelle Jérusalem» (1). L'ensemble a été classé par l’Unesco dès 1978. La prise de la ville, sans réels combats, aurait eu lieu jeudi 5 août.

L’événement n’a pas fait plus de bruit que l’avancée des Talibans en Afghanistan. L’Occident n’est pas intéressé. L’Unesco non plus, apparemment. Je n’ai en tous cas lu aucun communiqué indigné. La chose survient pourtant alors que l’organisation vient de classer une trentaine de nouveaux sites, nettement moins importants en plus. On ne peut pas dire que ce temple de la culture universelle se distingue sous la direction d’Audrey Azoulay par son énergie, même si elle s’est dite tout de même vendredi dernier «préoccupée». On n’est plus au temps du sauvetage des temples pharaoniques devant la montée des eaux du Nil dans les années 1960...

Restauration contestée en cours

Les rebelles ont déclaré par la bouche de leur leader Getachew Reda être bien conscients de la valeur du site, qui se trouve à environ 700 kilomètres au Nord d’Addis-Abeba. «Nous savons ce que signifie de protéger un patrimoine historique. Celui-ci est aussi le nôtre.» L’appel aux respect des églises rupestres par les Etats-Unis (tiens, eux pour une fois!) le vexe donc un peu. «Ils n’ont pas à s’occuper du fait que nous protégions ou ne protégions pas Lalibela», qui se trouve en pays Amhara. Une région que veulent s’assurer le TPLF, aujourd’hui considéré comme une organisation terroriste par la capitale d’une nation toujours au bord du chaos. J'avoue du reste ne pas y comprendre grand chose.

Seul le toit affleure le sol. Normal, l'édifice a été taillé dans la roche. Photo Unesco.

Le problème, c’est que les onze églises, dont la plus vaste mesure tout de même trente mètres de long, vingt de large et dix de haut, se trouvent aujourd’hui en très mauvais état. Certaines menacent même de s’effondrer depuis plusieurs années, victimes de leur âge et des éléments. En 2018-2019, il y avait eu des préludes à une restauration, qui était loin de faire l’unanimité. D’aucuns assuraient que le remède se révélerait encore pire que le mal. Ce qui semble clair, c’est qu’il faudrait faire quelque chose, et vite. Or le conflit, qui a commencé en 2020, menace de s’éterniser. Comme bien d’autres. Avec des problèmes humains qui menacent de devenir exponentiels. Réfugiés, famine...

Autres soucis

Décidément l’Unesco n’a pas de chance avec certaines inscriptions. Entre le Yémen du Sud, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, l'Egypte, la Libye, que de dégâts avérés ou potentiels! Pourtant jusqu’ici n’ont été retiré de la liste que le port de Liverpool, Dresde, la cathédrale georgienne de Bagrati et le «sanctuaire de l’oryx arabe» dans le sultanat d’Oman. L’organisation parle autrement de sites «en danger». En danger de mort, malheureusement!

(1) Les Ethiopiens sont en partie chrétiens depuis le IVe siècle, mais l’avancée de l’Islam dès le VIIe siècle les a séparés de Rome et de Jérusalem.

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