Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les Offices ont organisé une exposition "online only" pour célébrer l'année Dante

Le poète est mort à Ravenne en 2021, d'où une "année" compromise. Les Uffizi montrent 88 dessins de Federico Zuccaro exécutés vers 1580 pour illustrer "La divine comédie".

La "forêt obscure" de Dante.

Crédits: Uffizi, Florence 2021.

Ce n’est pas «Danse avec les stars», mais «Pour revoir les étoiles». Ou plutôt, afin de respecter la langue originale, «Per riveder le stelle». Depuis le 1er janvier, les Offices de Florence proposent sur leur site une exposition virtuelle. Elle a été organisée spécialement pour lui par Donatella Fratini. Il faut dire que cette présentation de dessins resterait risquée en réalité. Sans parler de la difficulté d’accéder, au milieu de la cohue, au Cabinet d’arts graphiques logé à l’entresol. Pour tout dire, les œuvres faisant aujourd’hui l’objet de cet accrochage électronique n’ont été montrés en tout que deux fois, vu leur extrême fragilité. La première se situait à Florence en 1865. C’est vieux. La seconde à la Casa di Dante au Castello Gizzi dans les Abruzzes en 1993. C’est plutôt excentré.

L'un des dessins, où l'internaute peut se promener. Photo Uffizi, Florence 2021.

Je vous ai cité le nom de Dante. Voulue par le directeur des Offices Eike Schmidt, l’actuelle manifestation entend effectivement lancer l’année consacrée par l’Italie au poète, mort le 14 septembre 1321 en exil à Ravenne. Il y aura dans le pays, si tout va bien, des choses partout durant l’année. Dante reste une matrice à la fois pour la littérature et la langue transalpine. Je signale au passage que Genève ne devrait pas demeurer en reste. Un grand Dante est prévu à la Fondation Martin-Bodmer de Cologny, le poète faisant partie des piliers de la «Weltliteratur» vénérés par le créateur de cette bibliothèque-musée. Je répète, «si tout va bien». En 2020, la pandémie a en effet réduit l’année internationale Raphaël (le peintre étant décédé en 1520) presque à néant. Et cela même si les Scuderie del Quirinale ont tout de même accueilli, dans des conditions sanitaires presque inacceptables vu leurs exigences pour les visiteurs, quelque 162 000 personnes.

Pour un public de niche

L’exposition actuelle, visible gratuitement sur le site des Offices (elle occupe la première place, quand vous ouvrez ce dernier) représente l’un des deux extrêmes de la virtualisation. Je vous parle, dans un article précédant immédiatement celui-ci dans cette chronique, du «Grand Palais virtuel». Il incarne l’opposé. C'est la kermesse populaire sans les saucisses. A Florence, le propos se veut au contraire pointu. Savant. Nous sommes dans le public de niche. Celui qu’il faut aujourd’hui satisfaire sans engager trop de dépenses. Pensez! Le cycle dantesque ainsi mis en valeur n’est ni celui de Botticelli, ni celui de William Blake, ni celui de Gustave Doré. Il s’agit de 88 feuilles, conservées aux Offices dans un album, de Federico Zuccaro (ou Zuccari), qui s’est voulu très fidèle au poète dans les années 1580.

Et encore un Zuccaro! Photo Uffizi, Florence 2021.

Deux mots maintenant sur Zuccaro (1542-1609). Il s’agit d’un maniériste des Marches, éclipsé dans la première partie de sa carrière par son brillant frère aîné Taddeo, disparu jeune. Federico a travaillé à Florence et à Rome. Il a aussi fait carrière à la cour de Philippe II en Espagne, comme dans celle d’Elizabeth Ière à Londres. L’homme a mené a bien des chantiers immenses, dont les fresques sous la coupole de Santa Maria del Fiore à Florence. Il a également beaucoup dessiné. Un vrai graphomane. Il doit subsister de sa main des milliers de feuilles abouties ou extraites de carnets. Des croquis où l’artiste crayonnait sa vie quotidienne. Dante ne concerne ainsi qu’une petite partie de sa production, voulue intellectuelle. Le XVIe siècle a été en Toscane celui de l’affirmation des créateurs plastiques en tant que penseurs.

Comme dans un musée

Aucun effet visuel dans l’exposition «A riveder le stelle». Il y a les images de «L’Enfer», du «Purgatoire» et du «Paradis». Vous les regardez dans l’ordre. Ou vous picorez dans le désordre celles qui vous séduisent le plus. Le texte poétique se trouve en regard. Vous agrandissez afin de vous promener dans des images fourmillantes de détails. Vous passez d'une reproduction à l’autre, et c’est tout. Vous restez dans la situation d’un visiteur d’exposition qui disposerait d’une loupe. A la maison. Bien au chaud, alors que l'ordinateur reste un médium froid. Rien à voir donc avec les Van Gogh et les Klimt projetés dans des espaces immenses, où le public se doit d’être présent. Il y a virtuel et virtuel, et c’est très bien comme ça.

Pratique

Site en libre accès: www.uffizi.it

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